Lettres de miliciens… (5/6)

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Photo B - miliciens grenoble liteLettres écrites par quelques-uns des 76 prisonniers miliciens qui seront massacrés, en une seule journée au Grand-Bornand, fin août 1944, après un jugement inique et expéditif.

Ils étaient Français. La plupart d’entre eux chrétiens convaincus et paysans issus de la terre savoyarde qu’ils aimaient. Le plus âgé avait combattu à Verdun… le plus jeune venait d’avoir seize ans.

La Sapinière donnera, tous les 8 du mois, les vingt lettres de ces miliciens, pour finir avec celle de Jean Bassompierre… La photo illustrant cet article est celle d’un jeune milicien fusillé à Grenoble.

Ces lettres, outre le mérite d’élever nos âmes, seront un utile devoir de mémoire pour nous aider à discerner l’amour de la haine.

14. Jacques Michal, Etudiant, 24 ans.

Jeudi 24 août 1944 Saint-Barthélémy

Chers parents,

Ainsi c’est fini : une nouvelle vie va commencer qui ne pourra être que plus belle que celle d’ici-bas. Contrairement à ma première décision j’ai décidé de me défendre jusqu’au bout à cause de la famille et je me suis bien défendu.

Je préférais d’ailleurs l’exécution à l’acquittement. Si j’avais été acquitté les F.T.P. m’auraient assassiné dans les heures suivantes ; leur chef me l’avait dit. Je préfère la mort en face. Je ne regrette rien. J’ai la conscience tranquille. Je remets mon âme entre les mains du Christ et je suis sûr que j’ai l’Eternité pour moi.

Je vous remercie pour l’affection dont vous avez entouré ma courte et heureuse vie. J’aurai la joie tout à l’heure de revoir Jacquemin, Philippe Henriot et bientôt notre Maréchal en lequel je refuse de douter. De la haut, je travaillerai pour la Famille et la Patrie. Je vous attendrai et faciliterai l’arrivée de tous ceux que j’aime.

P.S. Surtout pas de pleurs ni de chagrin je pars glorieusement pour mon idéal, pour la France.

15. Olivier Millet, Cultivateur, 24 ans.

Le 24 août à 4h 

Mes bien chers parents,

Quand vous recevrez cette lettre je serai tombé mort pour notre idéal. Nous venons d’être jugés et la sentence est proche. Ne vous perdez pas en vaines lamentations, soyez courageux comme je le suis. Mon séjour sur cette terre aura été de courte durée, de là-haut je prierai pour vous. De votre côté j’espère que vous n’avez pas été inquiétés, vous ne le méritez pas. Je vous envoie du fond du cœur mes meilleurs baisers. Transmettez-les à Paris et à toute la famille. Surtout ne vous laissez pas décourager. Je meurs en bon chrétien, vous pouvez être fier de moi, n’ayant rien à me reprocher.

Au revoir chers parents.

16. René Montmasson, Cultivateur, 29 ans.

Quand tu recevras cette lettre je serais mort. Je vais rejoindre notre petite Claude. Sois courageuse. A tout idéal il faut des martyrs, pour le mien, pour la France je donne ma vie…

17. Jean Pinaud, Cultivateur, 17 ans.

Ma chère maman et chère Milienne et tantes, oncles, ainsi que toute la famille,

Je viens vous dire au revoir parce que nous allons mourir, mais il ne faut pas avoir peur pour nous parce que nous sommes sauvés. On a fait nos devoirs tous ensemble.

Daudy vous donnera des détails sur ça. On a toujours le moral très haut… Ma chère maman je te redis Adieu et je vais rejoindre le papa en Paradis, au revoir à tous…

Ne pleurez pas pour moi, je vous le défends.

18. Félix Vergain, Ebéniste, 27 ans.

Je t’envoie ces deux mots pour te charger de dire à ma famille, quand tu la reverras, que je suis mort en brave et en chrétien. J’ai communié tous les jours pendant que j’étais en prison. Nous avons été bien battus…

Pense souvent à moi dans tes prières et à ma famille dont je suis sans nouvelle depuis le 13 août, jour où ils sont partis pour Lyon.

Prie pour moi et je prierai pour toi du haut du Ciel.

(à suivre)

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