Lettres de miliciens… (6/6)

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Photo B - miliciens grenoble liteLettres écrites par quelques-uns des 76 prisonniers miliciens qui seront massacrés, en une seule journée au Grand-Bornand, fin août 1944, après un jugement inique et expéditif.

Ils étaient Français. La plupart d’entre eux chrétiens convaincus et paysans issus de la terre savoyarde qu’ils aimaient. Le plus âgé avait combattu à Verdun… le plus jeune venait d’avoir seize ans.

La Sapinière donnera, tous les 8 du mois, les vingt lettres de ces miliciens, pour finir avec celle de Jean Bassompierre… La photo illustrant cet article est celle d’un jeune milicien fusillé à Grenoble.

Ces lettres, outre le mérite d’élever nos âmes, seront un utile devoir de mémoire pour nous aider à discerner l’amour de la haine.

19. Paul Vittet, Cultivateur, 20 ans.

Je vous envoie ces derniers mots avant de vous revoir tous au Ciel où je vous attends. Je vous demande pardon de toutes les peines que j’aurai pu vous causer. Sachez surtout que je suis mort en vrai chrétien cent pour cent…

… C’est bien dur pour vous je sais mais qu’est-ce que c’est la vie à côté de celle qui nous attend là-haut…

… N’ayez pas peur jusqu’au dernier moment nous avons été dans les bras de la Vierge, mes pauvres parents offrez ce grand sacrifice au Bon Dieu.

20. Albert Vuattoux, Cultivateur, 38 ans.

Je meurs en bon chrétien et bien innocent n’ayant aucun crime sur la conscience. Ces trois jours j’ai communié.

Ne vous en faites pas, nous nous retrouverons tous au Ciel, priez pour moi…

Embrassez… M. le Curé ; je meurs pour la Foi. Vive le Christ, vive la France.

Ton mari chéri, votre fils et frère qui vous embrasse bien tendrement et vous dis au revoir au Ciel.

21. Jean Bassompierre

Né le 23 octobre 1914 à Honfleur, après des études de Droit, Jean Bassompierre s’engage comme sous-lieutenant dans l’armée. En 1940, lieutenant au 74e Bataillon Alpin de Forteresse, il se bat contre l’armée Italienne. Après la guerre, il est démobilisé. A l’origine du Service d’Ordre Légionnaire, il ne tardera pas à rejoindre les rangs de la LVF comme Capitaine. En février 1944, il est rappelé en France par son ami Joseph Darnand pour réorganiser la Milice en zone Nord. En octobre 1944, il est intégré comme ces camarades de la Milice, à la SS Division « Charlemagne » au grade de SS-Hauptsturmführer. Il repart pour le front de l’Est en février-Mars 1945. Après de rudes combats et après avoir échappé aux soviétiques pendant 11 jours avec ses hommes, il est fait prisonnier par des cavaliers polonais.

Captif dans un camp en Pologne, il est remis à la “justice française” par le gouvernement soviétique. Mais durant son rapatriement en train, il réussi à s’échapper, rejoint Naples, dans l’espoir de prendre un bateau pour l’Amérique du Sud. Mais sa cavale prend fin le 28 octobre 1945. Transféré à la prison de la Santé, il y restera incarcéré durant presque 3 ans, durant lesquelles il fut “jugé” et reconnu coupable pour avoir aider à mater une mutinerie durant son mandat à la Milice en 1944. Le 20 avril 1948, il est fusillé au Fort de Montrouge.

Ses décorations était : Croix de fer 2e Classe, Croix du mérite de guerre 2eme Classe, Croix de guerre de l’État Français, Croix du Combattant, Croix de Guerre de la Légion des Volontaires Français avec palme.

Voici un de ses derniers écrits :

« … Je ne sais ce que l’avenir me réserve ? Si Dieu me prête vie, je souhaite de ne pas me laisser absorber par une vaine idéologie, mais, au contraire, me consacrer aux réalités de chair et de sang : fonder un foyer, élever mes enfants, faire du bien à mon prochain, c’est-à-dire à celui que la Providence a placé à mes côtés, quel qu’il soit : aujourd’hui, mes camarades de chaînes, demain, ma famille, mes amis, mes compagnons de travail, etc… Si j’étais appelé à mener quelque action collective, je m’efforcerais de la placer constamment sous le regard de Dieu, en me souvenant que la meilleure façon de faire rayonner son idéal n’est pas de le prêcher, mais d’abord de le vivre soi-même, d’être un exemple pour autrui.

« C’est à mes camarades légionnaires et miliciens, survivant de notre tragique épopée, que ces lignes s’adressent principalement. L’affection que je leur porte ne se mesure pas.

« Je vous en supplie, mes amis si chers, mes frères d’armes, voyons nos défauts avant de voir ceux des autres. Réformons-nous avant de vouloir réformer la société. Et, surtout, sachons une fois pour toutes que l’on construit dans l’Amour, non dans la Haine. Soyons semblables aux bâtisseurs de cathédrales. Retrouvons notre enthousiasme, notre Foi, ce magnifique élan et cet esprit de sacrifice que furent ceux des premiers S.O.L. (service d’ordre légionnaire), ces vrais chevaliers des temps modernes. Les événements les ont dispersés sur les fronts extérieurs de Russie ou d’Afrique et sur les fronts intérieurs antagonistes. Ils n’en étaient pas moins faits de la même pâte, animés des mêmes sentiments, des mêmes aspirations et du même amour de leur sol, rêvant d’une France régénérée et glorieuse. Malgré l’atroce tragédie qui les a parfois opposés, non, mille fois non, eux non plus n’étaient pas des frères ennemis !

« Depuis que j’ai écrit la première partie de ces souvenirs, la liste de nos morts s’est encore allongée. Je suis témoin qu’ils nous ont légué en partant des consignes d’amour et de pardon, celles que je vous léguerais à mon tour si je devais entreprendre le grand voyage…

« Par conséquent, pas de basse vengeance personnelle, pas de contre-épuration généralisée, aveugle et sectaire ! Vous avez atrocement souffert ; c’est une raison de plus pour ne pas faire souffrir vos frères, même vos ennemis. Il faut d’urgence vider les prisons et les camps politiques. Mais gardons-nous de les remplir encore une fois, de faire de nouveaux opprimés et de nouveaux martyrs !

« Que ceux d’entre nous qui ne se sentent pas capables de pardonner s’abstiennent au moins de nuire. Quant à ceux qui étouffent dans notre étroite et mesquine Europe, qu’ils gagnent ce qui reste de nos colonies ou même d’autres pays neufs. On peut se rendre utile partout sur ce globe, sans pour cela renier sa patrie.

« Où que nous vivions, montrons au contraire qu’il y a encore des Français de bonne race à l’âme noble et généreuse, dignes descendants de nos chevaliers et dignes enfants de celle qui fut – et que je souhaite voir redevenir – la fille aînée de l’Eglise !

Fresnes, mars 1948.

C.A.M. N° 13237
Cellule 52.

(fin)

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