Lettre à Monsieur l’abbé Michel Simoulin

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3-janvier-2017-simoulin

L’abbé Berto, le théologien de Mgr Lefebvre au Concile, disait : « quand je rencontre sur mon chemin des prêtres qui font une œuvre néfaste, la charité me commande d’empêcher que leur caractère ne protège leurs entreprises. »

Monsieur l’abbé Simoulin, vous faites « une œuvre néfaste ».

Sentimentalisme ou doctrine ?

Avez-vous oublié comment un confrère, déjà en 2012, avait réfuté toutes vos “Réflexions sur un éventuel accord pratique avec les autorités romaines” ? Incapable de le contredire, vous vous étiez mis à pleurnicher en disant que vous faisiez de la théologie pour « les esprits simples » et non pour les « théologiens et les intellectuels… »

Pour mémoire, ce confrère vous reprochait d’oublier de faire les distinctions nécessaires, d’interpréter la pensée de Mgr Lefebvre de façon restrictive et hors contexte ; d’être enclin aux affirmations gratuites, notamment sur l’état de l’Eglise qui serait meilleure aujourd’hui qu’avant ; de faire un procès d’intention à tous les opposants au ralliement en leur attribuant une mentalité schismatique avec cette dialectique : ou réconciliation ou schisme ; d’avoir le « tort de raisonner comme si la situation de l’Eglise était normale » ; de « parler comme un prêtre de la Fraternité Saint-Pierre » ; d’accuser tous ceux qui vous contredisent ne pas « aimer l’Eglise, même malade » et de « n’être plus catholique ». Ce confrère concluait que « le beau style littéraire de l’éditorialiste du Seignadou ne saurait cacher les réelles faiblesses de son argumentation » : « l’ex-capitaine Simoulin serait-il fatigué du combat ? »

M. l’abbé Simoulin ne savez-vous pas que l’on ne traite pas les vérités comme on traite les places fortes. La paix théologique ne peut se faire qu’en esprit et en vérité. Seules deux solutions sont envisageables : soit la conversion de Rome, soit la trahison de la Fraternité.

Mauvaise politique

« Faudra-t-il vraiment, disiez-vous dans le Seignadou de décembre 2016, attendre la “conversion” de Rome, comme le comte de Chambord attendait le drapeau blanc, et la “conversion” de la république, que nous attendons encore ? »

Pour avoir osé écrire ce vilain sophisme, il fallait faire preuve soit d’une grossière volonté de manipuler les esprits, soit d’une grande bêtise intellectuelle.

Seriez-vous devenu un partisan du ralliement de Léon XIII ? Vous ! L’ancien Recteur de l’Institut qui approuviez la conclusion de la revue de l’Institut qui était : « Léon XIII peut donc à juste titre être considéré comme le père fondateur de la doctrine pontificale des droits de l’homme » ? Conclusion désapprouvée par Mgr Lefebvre…

Je ne sais pas si vous avez été un bon militaire, mais votre sotte réflexion montre que vous êtes un mauvais politique. Vous connaissez évidement la première encyclique de saint Pie X déclarant, en 1903, que l’on a le « droit de craindre » que la « perversion des esprits » à laquelle nous assistons « ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps. » Vous le savez mais cela n’a aucune conséquence pratique sur votre enseignement et votre agir.

Faible spiritualité

Vos insuffisances politiques ne viendraient-elles pas d’insuffisances spirituelles ? Vous prétendez que tous les départs de confrères de la FSSPX ont pour cause, « la plus radicale : un manque de foi dans les grâces reçues par Monseigneur et dans la grâce de la Fraternité. » Puis vous citez « le P. Libermann » pour justifier vos propos par une remarque qui se veut spirituelle. C’est un auteur que vous appréciez particulièrement et que vous citiez souvent au séminaire. Mais cet auteur fort bon pour les temps de paix, l’est moins pour les temps apocalyptiques. C’est peut-être cela qui explique vos égarements dans la crise que nous vivons. Mgr Lefebvre vous avait pourtant averti : « Le père Emmanuel et le père Calmel, ce sont les deux grands auteurs spirituels de notre temps, ils sont profondément thomistes, cela donne une assise solide à leur spiritualité, à la différence d’autres auteurs influencés par Saint-Sulpice, tel Libermann. Avec ces derniers, on risque de tomber dans le sentimentalisme ou le volontarisme ou le pacifisme. A cause de cela, le clergé était prêt à tomber au moment de la crise, il lui manquait une spiritualité forte. ».

Combat de la foi et ennemis de la foi

Vous affirmez péremptoirement que des « confrères égarés », « sous couvert d’une nouvelle résistance », s’opposent à la Fraternité « par des positions intempestives » alors qu’« aujourd’hui, la Fraternité continue cette œuvre de résistance ». Et vous nous reprochez d’avoir été infidèles à la « grâce de la Fraternité ».

Êtes-vous si sûr que « la Fraternité continue cette œuvre de résistance » ? Pour faire court, je donnerai ce triple exemple :

1. C’est en direction spirituelle, que M. l’abbé Sélégny m’expliqua que « si les juifs doivent être respectés dans l’exercice de leurs droits légitimes, il ne faut pas méconnaître leur dangerosité, ni manquer de la réprimer. Et c’est ainsi que le Saint Siège mit en vigueur, avec énergie, la discipline du ghetto, c’est-à-dire l’isolement des juifs et la restriction de leurs droits civils » et me conseilla la lecture de l’ouvrage de l’Abbé Julio Meinvielle, réédité par le séminaire d’Écône et intitulé “Les Juifs dans le mystère de l’Histoire” dont l’épilogue concluait : « Le mensonge est la grande arme du diable et de ses fils les juifs. … De là vient que la méthode propre du judaïsme dans sa lutte contre les peuples chrétiens soit de tendre des pièges. Il tue les peuples chrétiens sous l’apparence de les sauver. Il les réduit en esclavage au nom de la liberté. Il les hait sous le prétexte de la fraternité. Il les domine sous le prétexte de l’égalité. Il les tyrannise sous le prétexte de la démocratie. Il les vole sous le prétexte du crédit. Il les empoisonne sous le prétexte de l’illustration. »

2. C’est dans une conférence spirituelle, au séminaire du Saint-Curé d’Ars à Flavigny, que j’ai pour la première fois entendu parler de Léon Degrelle, le « Chef du Rexisme belge avant la Seconde Guerre Mondiale, et, durant celle-ci, le Commandeur des Volontaires belges du Front de l’Est, luttant au sein de la 28ème Division des Waffen S.S. Wallonie ». Le directeur, M. l’abbé André, nous avait lu la lettre qu’il avait adressée à Jean-Paul II, à l’occasion de son projet de visite au camp d’Auschwitz en 1979, afin de le mettre en garde contre la récupération Hollywoodienne que l’on ne manquerait pas de faire à l’occasion. Pour Léon Degrelle, « l’affaire des “six millions de juifs” » est « l’escroquerie financière la plus rémunératrice du siècle » et elle fut faite « à grands renforts d’exagérations folles, de mensonges et de pseudo “aveux”, farcis de contradictions criardes, arrachés par la torture et la terreur dans les geôles soviétiques ou américaines. » Voilà ce que j’ai pu entendre dans un séminaire de la Fraternité sacerdotale saint Pie X et avec moi plus de trente séminaristes.

3. C’est pendant une lecture spirituelle, au séminaire d’Écône, dont vous étiez le directeur, que j’ai entendu Mgr Lefebvre encourager les séminaristes à lire « les livres de M. de Poncins » sur les B’naï B’riht, cette « secte maçonnique juive, réservée aux Juifs » : « Ces B’naï B’right sont partout et ce sont eux qui commandent dans le monde, car ce sont ces Juifs qui ont toutes les banques dans les mains, ces Juifs qui ont toutes les affaires importantes dans les mains. Ils commandent d’ailleurs aussi bien en Russie qu’en Amérique, que partout dans le monde entier. Ce sont eux qui distribuent les médailles de la liberté religieuse. »

M. l’abbé Simoulin, avez-vous lu M. de Poncins ? Mgr Fellay a-t-il lu Degrelle, Meinvielle, de Poncins ? Si oui est-il resté fidèle au combat pour la vérité ?

Dans un Entretien avec Conflict Zone du 1er mars 2016, Tim Sebastian demande à Mgr Fellay pourquoi il avait dit « que les juifs faisaient partie de ceux qui pendant des siècles avaient été les ennemis de l’Eglise ».

– Mgr Fellay : « J’ai voulu dire que les juifs regardaient l’Eglise comme un ennemi. Ce n’était pas une description de l’autre partie. Peut-être ne me suis-je pas exprimé correctement. »

– CZ : « Rome vous a réprimandé, le porte-parole du Vatican, Frederico Lombardi, a dit qu’il était impossible de parler des juifs comme ennemis de l’Eglise. »

– Mgr Fellay : « Oui, c’est sûr. Mais cela n’a jamais été mon intention, jamais ».

En 2012, un journaliste de CNS a demandé à Mgr Fellay si le livre “les juifs dans le mystère de l’histoire” de l’abbé Meinvielle, en vitrine parmi d’autres titres dans la librairie d’Écône, était un livre qui exprimait « des opinions dominantes dans la Fraternité d’aujourd’hui ? » Mgr Fellay a répondu : « Pas que je sache ». Le journaliste lui demanda alors s’il « approuvait ses points de vue lui-même ? » Réponse de Mgr Fellay : « Pas comme ça, non. »

L’esprit de Mgr Lefebvre ?

Le prétentieux Ennemond-Jacques-Régis du Cray écrit que vous êtes l’une des personnes « qui ont vraiment connu de très près Mgr Lefebvre et qui ont reçu le plus d’indications pour l’avenir ». Et vous affirmez vous-même : « Je crois connaître un peu la Fraternité dont je suis membre depuis 35 années »

La belle affaire ! Judas aussi a beaucoup côtoyé le Christ ; Il lui avait même confié des hautes charges. Cela lui a-t-il suffi pour transmettre « l’héritage de son fondateur » ?

On peut avoir des doutes sur votre capacité de jugement quand on lit, sous votre plume, que l’année des sacres fut l’occasion pour Mgr Lefebvre « de voir Rome devenir tout à coup favorable à la tradition et bénir des communautés nouvelles encouragées à faire ce qui lui avait été interdit. » Pour un ancien militaire, ne pas comprendre les manœuvres de l’ennemi, c’est plutôt décevant.

N’avez-vous point honte, à votre âge, de dire de telles sottises ? Je sais que le ridicule ne tue point, mais ménagez-vous tout de même un peu. Et par pitié, laisser tranquille Mgr Lefebvre, car on sait avec quelle honnêteté vous citez ses paroles.

Dans le Seignadou de septembre 2014, vous citiez L’Itinéraire spirituel de Mgr Lefebvre disant : « La “Romanité” n’est pas un vain mot Aimons scruter comme les voies de la Providence et de la Sagesse divine passent par Rome et nous conclurons qu’on ne peut être catholique sans être romain. » Par les trois petits points, vous omettiez 20 lignes dans lesquelles Mgr Lefebvre parlait de « l’occupation de Rome par les maçons », de « la destruction de la Rome catholique par les clercs et les Papes modernistes qui s’empressent de détruire tout vestige de “Romanité” ».

Bref, vous avez réussi à faire dire à Mgr Lefebvre le contraire de ce qu’il affirmait, et ceci particulièrement en omettant sciemment cette petite phrase : « Cet acharnement contre la “Romanité” est un signe infaillible de rupture avec la foi catholique, que Rome ne défend plus. »

Comment doit-on juger votre travail ? N’est-ce point là œuvre subversive ?

Vous souvenez-vous de ce que, Recteur de l’Institut, vous écriviez à Mlle A. pour la féliciter de sa Thèse (désapprouvée par Mgr Lefebvre) : « Chère Mademoiselle, […] Je commence à connaître Monseigneur, et il est parfois déroutant. Comme tout homme il a des faiblesses, ce qui n’empêche pas sa lucidité sur l’essentiel… grâce à Dieu. »

Comme vous, je pense que l’on peut critiquer Mgr Lefebvre, mais faut-il encore le faire honnêtement et intelligemment.

Extraordinaire !

Depuis votre visite au Cardinal Hoyos en 2001, avec le Père Rifán de Campos, vous n’avez cessé de promouvoir, au nom de la “romanité” ou au nom de “Mgr Lefebvre” l’étrange doctrine de « l’Eglise conciliaire » qui « demeure toujours l’Eglise catholique, notre mère, ensevelie, endormie et plus ou moins réduite au silence. […] Où se situe précisément la frontière entre les deux esprits, les deux églises, les deux Rome ? À partir de quand est-on vraiment conciliaire ou ne l’est-on pas du tout ? »

Quelle mauvaise plaisanterie ! Souffriez-vous déjà, en 2001, de troubles de la mémoire et du comportement ?

En 1993, vous saviez qu’il fallait « rejeter tout le texte » du « Nouveau Catéchisme » puisque, disiez-vous, « le conciliaire étouffe le catholique. »

Le 6 juillet 1988, vous saviez discerner entre ces deux Rome, puisque vous avez signé cette lettre ouverte au cardinal Gantin, disant : « En revanche, nous n’avons jamais voulu appartenir à ce système qui se qualifie lui-même d’Eglise conciliaire, et se définit par le Novus Ordo Missae, l’œcuménisme indifférentiste et la laïcisation de toute la Société. »

M. l’abbé Simoulin, ce n’est pas la définition de l’église conciliaire qui a changé c’est vous, c’est Mgr Fellay, c’est la Fraternité…

Et votre cause est si peu défendable que, dans le Seignadou de décembre 2016, vous en êtes réduit à faire l’apologie de Mgr Fellay par cette pitoyable question : « Qui peut dire qu’il aurait fait mieux ? »

Votre cause est si peu défendable que, dans le Seignadou de décembre 2016, vous parler des « coquins qui habitent l’Église » pour désigner les modernistes ennemis de la foi catholique. Cet euphémisme et cet enfantillage vous trahissent. Avez-vous oublié les termes d’un Mgr Tissier, d’un Mgr Lefebvre ou d’un Père Calmel ? Pour eux, l’église conciliaire est « une secte qui occupe l’Église catholique », « une mafia incroyable liée à la maçonnerie », « une falsification de la religion, une pseudo-église dissimulée dans la vraie »…

Monsieur l’abbé Simoulin, vous faites « une œuvre néfaste ».

Libre à vous de désirer vous mettre sous l’autorité des apostats qui occupent le Vatican… Mais cessez de dire n’importe quoi.

Cesser d’affirmer que « depuis 2000, bien des choses ont changé. » Vous-même écriviez que « Benoît XVI est intransigeant sur la question du Concile et sa doctrine » et que François « semble ne s’intéresser ni à la doctrine, ni à la liturgie. … C’est pourquoi, il semble tout à fait capable de faire cesser l’injustice qui frappe la Fraternité depuis 1976 par simple “œcuménisme” interne à l’Église” »

Patience ! L’heure approche où vous serez reconnu comme catholique par un “antichrist”. Un jour viendra où vous pourrez jouir du statut de catholique extraordinaire, et vous l’aurez bien mérité car vous n’aurez point ménagé votre peine pour cela.

Le conseil de votre sœur

Vous écrivez vouloir « prier pour ces pauvres confrères aveuglés… »

Qui allez-vous prier ? “Saint Jean-Paul II” ? Le refuser serait de votre part une tendance au schisme…

En ce qui me concerne, je vais prier votre sœur religieuse défunte, la Mère Anne-Marie Simoulin. Elle aussi était égarée : elle disait sa volonté de refonder en cas d’accord avec la Rome moderniste. Elle vous a même conseillé, dans un de ses tous derniers courriers, de suivre vous-même le conseil que vous donniez à vos confrères : celui de “se taire”.

La réalité est simple, et vous le savez. Elle a été dite plusieurs fois par le passé :

« Rome va tenter par les lâcheurs de nous faire lâcher. Pour tenir fermes nous aurons besoin d’une bonne capacité de résistance à l’usure. »

« Il faudra s’attendre à ce que Rome essaie de nous faire entrer dans l’amalgame universaliste, où on finirait par nous offrir une place “parmi les autres”… On peut bien penser que la tentation de rentrer dans “l’officialité” pourra être grande, à proportion des offres que la Rome œcuméniste pourra nous faire ; refusant alors d’entrer dans ce jeu de confusion, nous passerons pour les vilains méchants. »

M. l’abbé Simoulin, il faut savoir “raison garder”.

Cette lettre n’a d’autre but que de vous y aider.

Abbé Olivier Rioult
le 1er janvier 2017

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