M. l’abbé Matthieu Salenave et M. Sean Mc Kenna : Deux exemples de déviation théologique qui illustrent pleinement la magistrale leçon du Professeur Marcel De Corte (1/2)

 

Le 27 juillet 2018, un certain Mikaël postait un billet intitulé Repères fondamentaux dans la crise actuelle sur “Fidélité catholique francophone”. Ce forum, fondé et dirigé par M. l’abbé Salenave, se présente comme « un espace de discussion pour défendre la Foi Catholique à la suite de Mgr Marcel Lefebvre. Il n’est donc ni pour le ralliement à l’église conciliaire ni pour le sédévacantisme. »

S’il est vrai que le forum refuse tout ralliement à l’Église Conciliaire, la suite va malheureusement montrer que la prétendue défense de la Foi Catholique est plus problématique.

Donnons tout d’abord le contenu de la prose de notre Mikaël. Nous tenons à préciser, tant ses affirmations dépassent l’entendement, qu’en résumant de moitié son propos, nous avons scrupuleusement gardé ses mots et ses expressions :

« La FSSPX était providentiellement jusqu’en 2012 le fer de lance du combat de la Foi. Puis une grande catastrophe a surgi : “pourquoi ne pas finalement s’arranger avec les modernistes en leur demandant une place dans leur église”. Alors les traditionalistes ont tourné leur regard vers ceux qui ne voulaient pas de cet arrangement malsain avec les pires ennemis de l’Église Catholique avec cette question : Peut-on suivre l’actuelle FSSPX ? A qui faire confiance ? Sur quel critère théologique doit s’appuyer le fidèle pour marcher selon les voies de Notre Seigneur ? Le principe de base est l’indéfectibilité de l’Église Catholique, l’épouse Immaculée de Notre Seigneur qui a les promesses de la Vie Eternelle. Cette indéfectibilité n’est pas que de l’abstraction : l’Église est essentiellement hiérarchique et la hiérarchie fidèle ne pourra jamais disparaître totalement. Il n’y aura peut-être plus de congrégations fidèles (FSSPX) mais il restera au moins 1 (ou quatre) évêque fidèle. Sans quoi l’Église n’existerait plus. Le prêtre et le fidèle doivent donc se raccrocher à ce qui reste de hiérarchie fidèle. Après la trahison de 2012 (et 2018) les fidèles et les prêtres doivent moralement se rattacher à un évêque franchement catholique, au moins moralement. En pratique pour un fidèle qui se demande s’il peut encore communier à la Messe d’un prêtre de la FSSPX : il peut demander à ce prêtre à quel évêque il se rattache. (“Avec quel évêque êtes-vous en communion actuellement” ?) Si le prêtre lui répond que ce sont ceux qui sont dans l’actuelle FSSPX : il ne pourra plus communier à sa Messe. Si le prêtre lui répond qu’il est de cœur avec les quatre évêques de la Fidélité [Mgrs Williamson, Faure, Da Costa, Zendejas] alors le fidèle pourra lui donner sa confiance. Ce sont les évêques, successeurs des apôtres qui font l’essence de l’Église. Choisissons les bons évêques et nous serons vraiment de l’Église Catholique. »

Le cas de M. l’abbé Matthieu Salenave

Notre première remarque est de constater que pour quelqu’un qui prétend rejeter le sédévacantisme, notre Mikaël, qui n’est qu’un pseudonyme derrière lequel se cache M. l’abbé Salenave, ne dit pas un mot du pape comme critère d’appartenance à l’Église Catholique. Bref, il raisonne comme si le pape ne comptait pas, alors que par ailleurs il reconnaît François comme le vicaire du Christ… Inconsciemment donc, Mikaël parle ici comme un sédévacantiste.

De plus, pourquoi M. l’abbé Salenave ne considère-t-il pas comme « évêque franchement catholique » Mgr Morello, Mgr Sanborn, Mgr Dolan, Mgr Stuyver, Mgr Selway, Mgr Pivarunas et peut-être d’autres encore… qui, tout comme lui, tiennent que le « principe de base est l’indéfectibilité de l’Église Catholique, l’épouse Immaculée de Notre Seigneur qui a les promesses de la Vie Eternelle » et qui, pour cette raison, écartent eux aussi toute possibilité de ralliement à l’Église Conciliaire ? Pourquoi ces évêques, qui refusent de considérer comme vrai pape celui qui, toujours selon Mikaël, est un des « pires ennemis de l’Église Catholique », ne pourraient-ils pas eux aussi maintenir « l’Église qui est essentiellement hiérarchique » ?

Le pire dans ce texte, qui prétend le plus sérieusement du monde éclairer les consciences catholiques, est sa profession de sectarisme. C’était pour prévenir ce genre de dérive que le 29 septembre 2016, nous avions posté un long article sur le site lasapinière.info : L’esprit de parti, un danger communautaire… (1ère partie / 2ème partie)

Cet article répondait à un certain Titus, lequel avait désapprouvé une de nos affirmations (Lettre ouverte à Mgr Tissier de Mallerais, 12 juin 2016) disant : “Nous n’avons pas besoin de Mgr Lefebvre pour discerner ce qui est catholique de ce qui ne l’est pas.” Titus écrivait : « Le fidèle de base que je suis a un peu de mal à comprendre ça tout de même. Les fidèles ont besoin d’entendre la parole d’un évêque quand les choses ne vont plus dans l’Église… » Nous ne le savions pas à l’époque, mais en répondant à Titus, nous ne répondions pas à un « fidèle de base », mais à un prêtre, en l’occurrence M. l’abbé Salenave, alias Mikaël…

Notre article, s’appuyant sur l’exemple de La Compagnie de Jésus, châtiée en raison de son esprit de parti, avait pour but de mettre en garde les fidèles contre « cette servitude des esprits plus effrayante que celle du corps. » Car en effet, prétendre que l’on a besoin de Mgr Lefebvre pour discerner ce qui est catholique de ce qui ne l’est pas, c’est faire du mauvais lefebvrisme, c’est engendrer un réflexe sectaire qui n’a rien à voir avec le catholicisme. Mgr Lefebvre lui-même invitait à comparer son enseignement à celui de l’Église : « Regardez dans les livres, regardez dans l’histoire, regardez dans tous les livres qui sont dans la bibliothèque, regardez si on ne vous enseigne pas les vérités de l’Église. » (Ecône, 07-10-1982) Or devant le mystère d’iniquité à Rome « qui n’est plus la Rome catholique », Mgr Lefebvre était très perplexe : « Pour le moment », il avouait ne pas oser trancher « d’une manière absolue ». Sa conclusion pratique était : « personnellement, j’agis vis-à-vis du pape comme si le pape était le vrai pape… » (Conférence, 20-09-1977) Mais d’autres évêques, plutôt que de se rallier à l’opinion personnelle de Mgr Lefebvre, ont préféré suivre les enseignements de saint Robert Bellarmin ou du cardinal Cajetan. En effet, la prétention d’imposer l’opinion d’un évêque, même fort respectable, est inacceptable et ne se justifie que par une logique sectaire qui n’a plus grand-chose à voir avec l’esprit catholique.

La “Résistance” ou la “Fidélité”, telle que la conçoit M. l’abbé Salenave dans la SAJM ou sur son site Reconquista, n’est d’ailleurs, et malheureusement, que la répétition de ce funeste esprit de parti dont, ni la Compagnie de Jésus au XVIIIe siècle, ni la Fraternité Saint-Pie X au XXe n’ont su se préserver. Cet esprit de parti est un égoïsme communautaire qui fait préférer le groupe à la Vérité. En voici deux exemples : c’est au nom de « l’esprit de corps » que M. l’abbé Bouchacourt a justifié sa caution à un refus abusif, de la part d’un prêtre de son district, de donner la communion à un fidèle. Et c’est ce même esprit qui explique l’affirmation inouïe de Mgr de Galarreta le 13 octobre 2012 à Villepreux : « Il est presque impossible que la majorité des Supérieurs de la Fraternité se trompe dans une matière prudentielle… De toute façon on va faire ce que la majorité pense. »

Nous avons tenté avec d’autres confrères de prévenir ce danger. Lors d’une réunion, le 1er février 2017, les abbés Pinaud, Pivert et moi-même avons communiqué à tous les membres de l’USML un rapport sur « L’Attitude inquiétante de notre confrère M. l’abbé Salenave ». Nous mettions en garde contre « l’activité anormale et dangereuse de M. l’abbé Salenave sur le net », « ses procédés dénués de charité », son manque « d’argumentation » ; « les multiples pseudonymes utilisés par notre confrère, (pseudonymes d’hommes, de femmes, de laïcs, d’ecclésiastiques, y compris pour faire parler Mgr Lefebvre) de nature à favoriser des problèmes psychologiques ». Nous craignions que ce « dédoublement de la personnalité » et ce « temps dépensé sur Internet » inutilement soit aussi un danger pour « sa vie spirituelle, intellectuelle et morale ». Nous lui avions enjoint « de s’abstenir de participer à quelque blog que ce soit et de fermer le blog Résistance catholique francophone qu’il a créé » et nous en appelions à son supérieur puisque, Maunoir, un des pseudonymes de M. l’abbé Salenave, écrivait, le 24 août 2016, que « des congrégations sont actuellement fondées pour assurer aux prêtres qui le désirent une règle et un supérieur ».

Notre initiative fut vaine auprès de M. l’abbé Salenave comme auprès de Mgr Faure, autoproclamé supérieur à vie de la SAJM. M. l’abbé Salenave continue donc non seulement de penser en sectaire, mais aussi d’agir en sectaire : son site Reconquista comme son forum ont des pratiques dignes de la Pravda puisque tout est y mouvant selon les circonstances du moment. Les noms de prêtres déplaisant à la ligne du parti sont supprimés en catimini ainsi que des articles et des liens. Son forum peut donner l’illusion d’une grande activité mais en réalité on est parfois bien proche du monologue, car M. l’abbé Salenave est capable d’intervenir sous le pseudonyme de Maunoir, et de se répondre sous celui de Mikaël, qui sera défendu par un autre lui-même : Titus, pour enfin se féliciter sous le pseudo – il fallait l’oser – de Mgr Marcel Lefebvre… Bref, les fidèles, plutôt que de pouvoir s’informer sur “le meilleur site de l’info pour la résistance”, se trouvent face à un monde d’illusion et de tromperie. Les exemples ne manquent pas, mais un seul suffira.

En novembre 2017, le site Reconquista nous apprenait que « Mgr [da Costa] Thomás d’Aquin OSB a conféré le Diaconat à M l’abbé Rodrigo Ribeiro da Silva de la société des apôtres de Jésus et de Marie au monastère de Santa Cruz ». Et en décembre 2017, relayant le site de la SAJM, Reconquista se réjouissait : « Mgr Richard Williamson a ordonné prêtre Rodrigo Ribeiro, SAJM, au Monastère de la Sainte Croix ». L’abbé Ribeiro était donc le premier prêtre de la SAJM… Puis, après cette première information triomphante, plus rien… Que s’était-il donc passé ? Ordonné prêtre, l’abbé Ribeiro a pu réfléchir sur des sujets interdits au séminaire … Et après réflexion le premier prêtre de la SAJM, société qui impose à ses membres d’être “en communion avec François”, s’est déclaré ne pas être en communion avec François. En juillet 2018, Mgr da Costa a cru devoir produire un communiqué mettant en garde les fidèles contre l’Abbé Ribeiro parce qu’il ne suivait pas la « position des quatre évêques… » M. l’abbé Ribeiro fut alors exclu de la SAJM par Mgr Faure, sans procès, ni avocat, ni monitions, c’est-à-dire avec les mêmes méthodes que la société mère : la FSSPX. De tout cela, M. l’abbé Matthieu Salenave, membre de la SAJM, n’a pas jugé bon d’informer ses lecteurs…

Le cas de M. Mc Kenna

Il ne faut pas croire que cet état d’esprit chez les clercs sera sans conséquence pour les laïcs. Il peut, malheureusement, les influencer regrettablement. Dernièrement, M. Mc Kenna, fidèle d’Auvergne a largement diffusé un billet pour justifier sa démission de l’Association Saints Mayeul et Martin suite à « des publications parues sur La Sapinière et Canada Fidèle » et jugées par lui inacceptables. Les deux sites avaient, entre autres choses, cité une analyse de M. l’abbé Ringrose en Virginie aux États-Unis (cf. Affaire Ringrose 3 – le cœur du problème). L’analyse de ce prêtre, réordonné conditionnellement par Mgr Lefebvre en 1982, ami de Mgr Williamson et qui collabora avec la FSSPX jusqu’en 2012, mettait à mal « la position “Reconnaître et Résister” qui fut celle de Mgr Lefebvre ».

M. Sean Mc Kenna écrivait en conséquence : « Nous continuons bien sûr à refuser toute idée de ralliement à la Rome conciliaire et à le combattre dans le même esprit qui nous meut depuis 2012. Conscients que l’avertissement de Saint Cyprien traverse les siècles et s’adresse à nous aussi, “Si quelqu’un n’est pas avec l’évêque, il n’est pas dans l’Église”, nous restons attachés respectueusement aux évêques catholiques de la Résistance. Conscients que la crise actuelle de l’Église et celle de la FSSPX déboussolent les intelligences, nous restons en outre attachés, à propos de la vacance ou non du Saint-Siège, à la position charitable, prudente et aussi pragmatique de Mgr Lefebvre, boussole pour notre temps. »

M. l’abbé Roy crut de son devoir de faire remarquer à M. Mc Kenna que l’utilisation maladroite de la citation de Saint Cyprien, sortie de son contexte, manifestait le « signe d’une ecclésiologie erronée» :

« En effet, Saint Cyprien ne demandait pas d’être avec “un évêque” quelconque, mais d’être avec “l’évêque”, c’est-à-dire d’être avec l’évêque légitime chacun de son diocèse, ayant reçu juridiction sur une portion du troupeau du Seigneur, puisque lui-même est sous l’autorité du Vicaire du Christ. Ce faisant, on ne pouvait qu’être avec l’Église, et, dans le cas contraire, on ne pouvait qu’être séparé de l’Église. Selon cette interprétation qui est la seule correcte, si vous considérez l’évêque conciliaire de votre diocèse comme l’évêque légitime de l’Église Catholique, sous François, le pape légitime de l’Église Catholique, alors il vous faut être avec lui, vous soumettre à lui en toute chose concernant la foi, les mœurs et la liturgie, si vous voulez être avec l’Église. Mgr Williamson n’est pas, à ce que je sache, l’évêque de votre diocèse travaillant sous l’autorité du pape…

« En utilisant cette citation en ce qui concerne Mgr Williamson, vous trompez les destinataires de la lettre, involontairement je l’espère, en leur laissant croire que Mgr Williamson et consorts ont reçu une quelconque juridiction sur nous, et que par conséquent, se séparer d’eux, c’est se séparer de l’Église. Ceci est bien entendu contraire à la réalité ; contraire à ce que Mgr Lefebvre a toujours dit concernant les évêques qu’il sacrait et enfin contraire à la façon dont Mgr Williamson lui-même agit, puisqu’il insiste sur le fait qu’il n’est le chef de personne et en disant cela, il a bien raison. »

« Par conséquent, personne ne doit être sous l’autorité inexistante de Mgr Williamson pour faire partie de l’Église Catholique. Il n’est pas (pas plus que les autres évêques de la Tradition) un pasteur légitime de l’Église Catholique auquel il faille se soumettre pour faire partie de l’Église, puisqu’il n’a pas été envoyé par quiconque pour paître les brebis du Seigneur. La situation de nécessité dans laquelle se trouve l’Église légitime bien sûr que nous ayons recours à lui pour les sacrements, mais, comme Mgr Lefebvre l’avait bien spécifié, il a été sacré pour donner les sacrements que seul un évêque peut donner et non pas pour se mettre à exercer une quelconque autorité sur les fidèles et les prêtres. Prétendre que Mgr Williamson soit “l’évêque” dont parle saint Cyprien serait faux, dangereux, schismatique et sectaire, puisque cela sous-entendrait l’existence d’une hiérarchie parallèle dans l’Église Catholique, laquelle hiérarchie ne prendrait pas sa source dans le Pontife Romain. »

Les remarques de M. l’abbé Roy valent tout autant pour Mgr Williamson que pour Mgr Lefebvre ou que pour n’importe quel autre évêque sans mandat romain, et elles sont profitables tout autant à M. Mc Kenna, à la SAJM, à la FSSPX qu’à tout autre institut. Aucun évêque catholique ne peut se considérer comme pasteur légitime de l’Église sans avoir reçu cette mission de la part de l’Église.

Là est le cœur du problème actuel. C’est ce problème qui a poussé la FSSPX comme la SAJM à transformer, sinon théoriquement du moins pratiquement, en juridiction habituelle une juridiction de pure suppléance, avec sa conséquence inévitable : l’usurpation d’autorité. Il est vrai que Mgr Williamson est capable de vous confier que la SAJM n’est que « du vent », d’évoquer “l’incompétence” de Mgr Faure et de concéder “qu’il serait préférable que l’abbé Salenave ne soit pas au séminaire” ; que l’œuvre de M. l’abbé Chazal ne serait pas “sérieuse”, ou qu’une structure lui paraît impossible et qu’on ne peut rien fonder sans l’autorisation des Ordinaires… mais il est aussi capable de faire en action le contraire de ses propres dires. Peut-on rester insensible à tant d’incohérences si fréquemment assumées ? Que peut-on attendre de celui qui assume la contradiction ? Une fois l’évêque prêche au Puy (2017) qu’il ne sait pas si François est pape et une autre fois, à Paris (2018), que « sans les prières des catholiques qui prient pour lui, le pape pourrait encore être pire. » (cf. Les raisons invoquées par Mgr Faure pour annuler le pèlerinage du Puy sont-elles véridiques ? Et Lettre aux membres de l’Association Saints Mayeul et Martin : « Je suis loin d’être le seul galet épiscopal sur la plage… ».

Les propos de M. l’abbé Matthieu Salenave et de M. Sean Mc Kenna auront au moins le mérite d’illustrer un enseignement méconnu, et pourtant capital, du Professeur Marcel De Corte.

 

A suivre.

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