Abbé François Chazal : Lettre à un soldat inconnu de la résistance interne.

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Chazal_abb_Fran_ois_Cher Confrère,

Vous n’avez pas l’air de vous prêter à la diabolisation en cours à notre égard; et le Démon étant ce qu’il est, il doit être temps de resserrer mon contact avec vous, ni pour vous faire la morale, ni pour vous condamner. Bien au contraire, je vous écris parce que j’ai une très grande estime pour vous et parce que nous sommes tous les deux d’accord sur un même fait : Mgr Fellay est un moderniste. 

Question suivante : Que faire ?

Résister sur place ou plonger dans l’inconnu, avec les cow-boys?

Rassurez-vous, mon ami : je n’ai pas la plus haute opinion de la Résistance. Nous ne sommes qu’un reliquat, un ramassis épars, des particules en suspension (je pense particulièrement à ce cher abbé Pinaud!)

Notre Charte est aux Corinthiens, Chapitre I, verset 28, « Et contemptibilia elegit Deus, et ea quae non sunt, ut ea quae sunt destrueret ».[ndlr : et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont] Comment peut-on se lasser de St Paul ? Tout y est.

Si j’idéalise la Resistance, comme le disait un peu méchamment Gentiloup, je l’idéalise par le bas ; mais reconnaissez avec moi que FSSPX-CM (Compagnie de Marie), ça sonne bien. On verra si ça tient, mais pour le moment ça tient :

– Mgr Williamson, abbés Abraham, Bufe, Kramer, Pinaud, Rioult, Salenave, Koller, de Merode, de Ste Marie, Fuchs, Trauner, Sauer, Ribas, Abrahamowicz, Peres Avril, Raffali, Bruno osb, Pierre-Marie op et dix autres dominicains. (Europe 29)

– Abbés Pfeiffer, Hewko, Iglesias, Voigt, Ringrose, Ortiz, Mgr Perez et trois autres pretres a Los Angeles, Mgr Fulham, abbes O’Connor, Da Damio, Maurel, Trinchard, Dardis, Girouard, Gruner, Père Dominic Mary of the Pilar op.. (Amérique du Nord 19)

– Abbés Faure, Cardozo, Trincardo, Altamira, Ruiz, Vargas, Makarios (Brésil), Lashing (Chili) Pères Thomas d’Aquin osb, Jaire ofbv, Joaquim ofbv, Raphael osb. (Amérique du Sud 12)

– Abbés Nariai, Suelo, Chazal, Valan, Pancras, Hartley, Père Elijah ofm conv. (Austrasie 7)

– Abbés Picot et N’Dong en Afrique (2)

D’autres prêtres sont en instance de nous rejoindre, et je préfère être discret ; et nous avons deux ermites qui ne veulent pas être dérangés.

J’aimerais compter les abbés Grosso, Ceriani, Meramo, Turco, Maessen, Weinzel, Riedl… que Dieu les garde, qu’il les aime et les protège, mais je crois qu’ils sont sédévacantistes, amers pour certains, farouchement antiwilliamsonistes pour d’autres.

Avec l’arrivée d’Avrillé, le nombre des religieux non prêtres double à 60 ou 70; et si les problèmes de visa de nos 4 brésiliens se résolvent une vingtaine de séminaristes dans nos micro-séminaires.

Côtés fidèles, 110 groupes à peu près, allant de 700 fidèles chez Mgr Perez à un fidèle et demi à Delhi, en Inde…

Mais je répète, même si c’est un petit quelque chose, ce n’est rien. L’humanité est en perdition. Quand bien même nous dépouillerions Menzingen, nous n’en serions qu’au commencement.

En attendant, l’essentiel est que l’on comprenne que le prêtre est un homme public. Pour lui, parler en privé revient à se taire. Mais de peur de vous agacer plus avant, je reconnais que le problème est essentiellement ailleurs pour vous parce que vous partagez la notion que le prêtre est un autre Christ, venu en ce monde pour rendre témoignage de la vérité, et mort sur sa croix pour avoir confirme cette même vérité devant Caïphe.

Votre problème est d’ordre pratique.

– première constatation : personne ne bouge à côté de vous. Tout le monde est paralysé, à commencer par votre chef, l’abbé de Cacqueray, qui commence à mettre de l’eau dans le vin de sa doctrine (en approuvant la déclaration du 27 juin 2013 par exemple).

– deuxième constatation : Si vous bougez, c’est promis, votre apostolat, tout votre apostolat et ce que vous avez construit si patiemment, tout cela s’arrête sur l’instant, et comme l’abbé Pinaud vous serez envoyé le plus loin possible pour être condamné ensuite.

– troisième constatation : Les âmes confiées à vous, seront confiées à un autre, peut-être moins compétent, peut-être carrément libéral. Vous n’aurez fait que favoriser la Révolution, en lui laissant une tribune supplémentaire. Vous aurez de facto abandonné le terrain à l’ennemi sous des prétextes héroïques.

– quatrième constatation : L’ennemi n’attend que cela pour épurer tout ce qui résiste à la nouvelle position de la Fraternité Officielle, alors que les prêtres de la résistance intérieure sont en train de s’organiser entre eux, resserrent leurs liens, voire, obtiennent des résultats tactiques comme l’écartement de l’abbé Berthe et son remplacement par l’abbé Portail à Flavigny.

– dernière et plus importante constatation : on ne peut pas du jour au lendemain abandonner la Fraternité. Il faut laisser à cette oeuvre immense la chance de se ressaisir. Honneur à ceux de 2012, mais en ce qui nous concerne à l’intérieur, la bataille est loin d’être terminée. La Fraternité a connu des crises très graves auparavant et s’en est sortie toujours plus forte. Au lieu de nous précipiter, voyons d’abord si le mal est incurable. Même si Dieu décidait de nous faire tout redémarrer à zéro, il faudrait du temps pour préparer les fidèles.

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   J’espère que ces constatations rendent justice à votre pensée; à la pensée de tous ceux qui sont d’accord avec nous, mais qui restent paralysés quant au devoir de s’élever publiquement. (Quelle ironie que le site de la Résistance interne s’appelle « Un Evêque s’est LEVÉ »!).

   L’autre point qui complique encore plus les choses est que les erreurs qui se répandent dans la Fraternité apparaissent minuscules par rapport à celles qui ont frappé l’Eglise il y a quarante ans. On ne vous demande pas de célébrer la nouvelle messe… et si ça vous chante, ou si l’abbé Pfluger n’est pas trop au courant, vous pouvez vous acharner contre Vatican II ; ça vous permet de vous défouler, de vous rassurer, et c’est la ligne interne, permise, de la Fraternité.

Si je m’imagine à votre place, entouré de confrères et amis paralysés… sauterai-je dans l’inconnu ? Je n’en sais rien.

Ce que je sais absolument, c’est que toute cette montagne de raisons s’écroule devant la Foi. Quand la Foi catholique est attaquée, il n’y a pas d’autre remède que de la confesser, et si nous nous taisons publiquement en tant que prêtres, le Bon Dieu est bien capable d’envoyer des jeunes filles comme Ste Catherine d’Alexandrie pour nous remplacer.

C’est peut-être un peu pour cela que l’internaute qui s’énervait sur « Un Evêque s’est couché » nous traite de femmelettes.

Je pense que le Bon Dieu cherche à nous faire honte, un peu comme avec les vendéennes de la bataille de Torfou.

Je n’accepte pas qu’on sous-entende que Dieu est incapable de s’occuper du reste si nos faisons notre métier qui est celui de confesser la Foi.

Les soutiens dont nous avons bénéficié depuis 2012 confirment parfaitement ce que je dis. Dieu aurait-il cesse d’être bon parce que nous sommes des minables ?

Non, nous baignons dans les consolations; les fidèles nous approchent ; un, deux, ou trois confrères nous rejoignent tous les mois ; le mois de Janvier totalise 25 prêtres supplémentaires… Même Menzingen cherche à nous envoyer des confrères pour se purifier. Ici, en Asie, l’abbé Couture a été remarquable.

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J’aimerais que nous réfléchissions un peu plus sur la nature de

1. L’EGLISE

2. L’AUTORITÉ

3. LE BIEN COMMUN

1. Nous sommes en train de nous faire une fausse conception de l’Eglise ; comme si l’Eglise était avant tout un ensemble d’œuvres diverses et variées, alors que l’Eglise c’est avant tout la Foi. Les œuvres ne servent qu’à cela; qu’à confesser et transmettre la Foi. Vous me direz, si vous vous en prenez aux œuvres, vous vous en prenez aux moyens de transmettre la Foi… à quoi je réponds que si nous sommes mis au silence alors que la Foi est attaquée pour défendre les moyens de (ne pas être silencieux sur la Foi) parler sur la foi, on rentre dans la contradiction. Tout cela est comme ces prêtres qui m’ont dit qu’il fallait absolument s’organiser, mais pour ne rien faire de précis, ou ceux qui disent qu’il faut soutenir les évêques qui se taisent.

Combien de fois a-t-on vu dans l’Histoire de l’Eglise, cette nécessité d’abandonner ces moyens colossaux, ces institutions gigantesques, évêchés, monastères, écoles, etc. pour préserver la Foi certes, mais parfois aussi pour préserver moins que la Foi, à savoir la discipline ecclésiastique ou monastique (St Bernard, St Norbert, St Jean de Capistran…).

Si pour préserver une moindre chose que la Foi, il a fallu parfois fouler au pieds certains établissements; à combien plus forte raison faut-il savoir se détacher de choses très précieuses (et Dieu sait à quel point, surtout à notre époque, les œuvres de la Fraternité sont précieuses) pour confesser la Foi.

La DQA [= Déclaration du 15 avril 2012] prouve le modernisme des autorités, et celles-ci laissent le libéralisme entrer partout et tout pourrir grâce au rouleau compresseur des institutions et grâce à la peur de perdre ces instruments dont nous nous sommes si bien servi jusqu’à présent.

C’est ce qui s’est passé dans les années 70, et notre fondateur nous a bien averti du piège dans lequel nous risquons de tomber maintenant. Il se lamenta aussi de toutes ces religieuses prises au piège des monastères de Dom Gérard, tant par leur propre maison à Uzès, que par le monastère qui les chapeautait, le Barroux.

Bien au contraire, nous renforçons la Foi et nous donnons un sang neuf à l’Eglise quand nous savons, en temps utile, piétiner les constructions institutionnelles, pour que l’Eglise soit ancrée un peu plus profondément dans la Foi de Pierre.

Dieu nous secondera pour recommencer ; on recommencera un autre cycle, un plus long que 20 ans j’espère. Les vues de Mgr Williamson sont peut-être légèrement pessimistes…

Non, l’Eglise n’est pas un business, une compagnie ; elle transcende toutes les officines, fussent-elles aussi grandes que Cluny III !

2. En outre, nous nous sommes acheminés au fil des ans vers une notion tordue de l’autorité, comme le montre un sermon tout récent de l’abbé Pfluger à Brisbane, ou une lettre récente de l’abbé le Roux à ses bienfaiteurs.

Pour eux il est de facto impossible que les autorités de la Fraternité puissent faire obstacle à la vérité. Les Papes peuvent se tromper (Benoit XVI un peu moins que les autres !), mais Menzingen ne peut pas se tromper, ni perdre la face. Il en va de l’unité de la Tradition. Mettre Menzingen devant ses erreurs doctrinales; lui mettre la DQA sous le nez en lui demandant de condamner le texte, c’est de la rébellion.

Je trouve tout à fait symptomatique que Mgr Fellay ait déclaré à Lille le 7 mai 2013 qu’on ne pouvait pas demander aux autorités romaines de condamner le concile et la nouvelle messe, parce qu’on ne peut pas demander aux autorités de perdre la face.

Moi je dis qu’au contraire, que quand une autorité reconnait ses erreurs, elle retrouve la face qu’elle a perdu en s’acharnant, précédemment, à faire des erreurs.

Toute autorité est autorité à cause de sa proximité avec la Sagesse ou Verité. On met quelqu’un au pouvoir, et surtout Dieu met quelqu’un au pouvoir en vertu d’une sagesse perçue ou réelle. Un chef indique une voie à suivre en vertu d’une connaissance meilleure qu’il a par rapport aux autres. Son autorité continue de croître, un peu comme celle d’un grand général, au fur et à mesure que ses subordonnés s’aperçoivent qu’il sait ce qu’il fait.

Au lieu de cela on nous présente une notion aveugle de l’autorité ; tant chez les chefs, que chez les fidèles qui doivent cesser de chercher à s’informer sur le comportement de leurs autorités et sur les raisons doctrinales qui les poussent à prendre telle ou telle décision.

L’un des plus beaux épisodes de la bataille de Gettysburg, c’est quand le Général Lee, au lieu de tourner bride et de s’enfuir comme Napoléon à Waterloo, alla droit vers ses soldats pour leur dire que tout était de sa faute. Les soldats lui pardonnèrent, Lee ne fit plus aucune erreur tactique, et ses hommes se battirent comme des lions jusqu’à la fin de la guerre.

Si on met bout à bout tous les passages qui ont trait à St Pierre dans l’Évangile, on voit bien que le St Pierre que Jésus choisit n’est pas un monsieur je sais tout qui ne perd jamais la face, (même après la Pentecôte : Quo Vadis, Épître aux Galates…).

A ce niveau là, St Pierre est rassurant. Il décide, il conduit l’Eglise d’une main forte, il tranche, mais par moments il mérite de se faire reprendre parce qu’il est blâmable.

La catastrophe de Vatican II n’aurait pas été telle si nous avions à l’époque une notion moins moderne et volontariste de l’autorité. La Franc-maçonnerie use de cette notion partout.

Pour nous qui l’écoutâmes dans ses COSPECs et pour vous qui l’écoutâtes directement, Mgr Lefebvre nous avait formé sur ce sujet. Comment se fait-il que nous fassions l’impasse maintenant ? Dès qu’il s’agit de nous ?

3. L’une des raisons est que Menzingen se présente comme le Bien Commun même. Toute critique de Menzingen est une machination contre le Bien Commun de la Fraternité qui doit toujours se resserrer autour de son Supérieur Général pour affermir son unité.

L’unité et le bien de la Fraternité n’est plus le message ou l’intégrité des canaux de la Grâce.

Qui plus est, ce que l’on appelle « Bien Commun » n’est plus un bien ou une perfection de la nature rationnelle, mais la tranquillité du fonctionnement d’une organisation.

Je suis désolé, mais le Bien Commun est une perfection rationnelle sociale, et pour qu’il y ait perfection, il faut qu’il y ait de la vérité et du vrai bien, pas des mensonges, des contrevérités, des malversations (Wallieziennes ou Wuillioudesques) et des manquements répétés à la parole donnée.

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Quel est le vrai Bien Commun qui remplace ce bien commun apparent d’une unité doctrinale qui n’existe plus, (…même pas sur le papier ! cf. déclarationnettes du 14 juillet 2012 et du 27 juin 2013).

Cela doit être certainement la continuation de ce que nous avons fait dès le début ; le fait de rebâtir l’édifice en dehors de l’influence de l’Eglise officielle qui est maintenant bien pire qu’il y a quarante ans.

Comme le serpent, l’Eglise officielle gobe sa proie. Sa proie, elle l’accepte « telle que nous sommes », un peu comme l’Islam qui englobe des enclaves chrétiennes, sans que nous sachions dans combien de décennies, de siècles, ces enclaves se feront massacrer ou démolir.

Ce raisonnement est faux, nous dit M. du Cray, porte parole de Menzingen. Mgr Fellay et l’abbé Pfluger confirment. En d’autre temps, le livre de l’abbé Pivert aurait fait un bide, de par sa banalité.

La nouvelle ligne officielle qui nous fait courir à notre perte est maintenue, mordicus. On n’en démord pas de vouloir se faire mordre : et ceux qui s’opposent se font mordre, tandis que ceux qui sont contre personnellement se font mettre au garde manger.

Sans vous en rendre compte, vous êtes devenu la petite Blanchette, face au loup, parce que M. Seguin a enlevé la clôture du champ.

Auparavant, nous n’avons jamais exclu que le mal puisse s’introduire dans nos cercles. La Fraternité est un bastion, mais pas la fortification toute entière. Vauban prévoit des bastions avancés; et on pourrait même dire que ces bastions avancés ont pour mission de finir par tomber, mais après un bon bout de temps.

Avant 2012, la Fraternité a tenu plus de 40 ans. On peut dire bravo. Il faut maintenant se regrouper sur la ligne suivante. Regardez nos châteaux forts.

Ainsi, la Fraternité n’est pas le dernier bastion ; bien au contraire, elle est aussi une fortification avec plusieurs bastions qui se reforment, si nécessaire… et c’est bien ce que nous faisons.

Nous nous reformons et nous nous regroupons… In tale FSSPX (sans le nom, ou avec l’expression Compagnie de Marie – St Pie X).

Le bastion avancé est quasiment démoli et intenable; plus on s’y attarde, plus on s’expose aux coups de l’ennemi qui a réussi à le miner et à approcher ses canons. S’attarder ne peut que provoquer un gaspillage de soldats précieux. Vauban échangeait de la maçonnerie contre le sang de ses soldats. Faisons pareil, conservons l’intégrité doctrinale des troupes.

Notez que face au Dragon, la Femme de l’Apocalypse fuit. Vous pouvez tenir le bastion d’autant moins que les bons prêtres ont commencé à évacuer ; j’en veux pour preuve le nombre spectaculaire de défections en janvier… à tel point que nous devrions atteindre la centaine de prêtres sous peu.

Quant à votre travail, ce sont les âmes. Votre champ, c’est l’âme de celui qui se confie à votre Sacerdoce, pas grand chose d’autre. L’œuvre physique est un accessoire ; y renoncer en temps opportun vaut plus que mille sermons sur le détachement, même si nous n’avons pas encore versé notre sang.

Je me pose souvent la question : comment avons-nous aussi peu de martyrs dans la Tradition, alors que tant de Chrétiens se font massacrer ailleurs ? Si Dieu nous offre une chance de renouveler notre ferveur, même si l’occasion est bien triste, profitons-en.

Quant à occuper la place pour éviter qu’un libéral vous remplace, force est de constater que l’opération de remplacement est en cours dans des postes innombrables, depuis des années. Dans les pays anglo-saxons, c’est toute une génération qui a sauté ; tous les Black, Violette, Scott, Novak… gentiment, mais décanillés quand même. Ils ne collaient pas au tableau, les temps changent inexorablement à bord du Titanic.

Les recherches que nous faisons sur la structure juridique et économique de la Fraternité montrent que la/les personne(s) morale(s) qui détient les biens de la Fraternité est entièrement dans des mains libérales (Mgr Fellay, les abbés Pfluger, Wuilloud, Weber, Baudot, Max Krah, etc… ont tous les signatures en mains; car cela même je leur reconnais : ce sont des bureaucrates efficaces).

Vous me direz, « Mgr de Galarreta a encore la signature »… à quoi je réponds que l’abbé Pfluger a clairement indiqué qu’il avait rapidement retiré sa signature de la lettre des trois évêques en 2012. Je ne me sens coupable d’aucun espoir à son encontre!

L’argument de l’abbé de Cacqueray [« Résistez avec moi à l’intérieur… nous stopperons Menzingen si nous sommes unis »] tient de moins en moins, parce que ni lui, ni Mgr Tissier n’ont réussi à inverser quoi que ce soit, dans la politique générale, ni à faire opposition publique à des erreurs qu’ils ont plusieurs fois condamnées en privé. Ils ont eu tout le temps qu’il fallait, et toutes les occasions pour s’illustrer. Mgr Tissier ne dit plus grand chose de spécial dans ses tournées de Confirmations. J’ai toujours de l’espoir pour lui, mais nous ne pouvons pas attendre indéfiniment.

Quant à l’argument de Mgr Tissier de Mallerais [« Taisez-vous, laissez les capitaines agir »], là encore, quelle déception. Depuis le 14 Juillet 2012, c’est le silence public total, mais je reconnais deux choses :

D’une part l’abbé de Cacqueray attaque le novus ordo assez énergiquement, dans l’espoir de montrer que rien n’a changé, ou que les fidèles pourront eux-mêmes constater que son discours tranche par rapport à celui de l’abbé Pfluger, voire par rapport à celui de Mgr Fellay… sans avoir besoin de le de juger publiquement, et ce tout en s’alignant sur un nombre grandissant des positions de Menzingen. Il y a un changement graduel, y compris sur la DQA, constatable dans la conférence de Mantes-la-Jolie.

D’autre part, comme l’abbé de Jorna au Chapitre, ou Mgr Tissier plusieurs fois, ces chers chefs ont surmonté leur crainte de dire ce qu’ils pensent en privé. Dans mon cas Mgr Tissier fit une reculade, mais il doit être certain qu’il a regretté d’avoir signé la déclaration vaseuse de Juin 2013.

Peut-on espérer grand chose de ces techniques… peut-on être fiers de ces moyens de procéder ?

Je pense que ceux qui en usent perdent peu à peu le sens de la confession de la Foi, parce que :

1. Ils se font repérer de toute façon ; et la conférence de Flavigny est parfaitement éloquente. Malgré leurs efforts de collaborer avec Menzingen, l’abbé Pfluger n’hésite pas à attaquer, Mgr Tissier, Suresnes, mais aussi Mgr de Galarreta ! Non, il ne sert à rien de se cacher. Si vous vous taisez publiquement, la Montagne, les Jacobins, le comité de salut public vous laisseront tranquilles un certain temps; parce qu’ils ont d’autres problèmes à régler pour le moment; mais l’abbé Pfluger est très clair : si ce ne sont pas vos personnes dont nous serons débarrassées par une grâce purificatrice ; certainement, ce seront vos idées qui iront au placard.

2. Ils sont obligés de coopérer ; de taxer leurs confrères expulsés de rebelles alors qu’ils savent très bien que si rien ne s’était produit depuis quelques années, et que si l’orientation de la Fraternité n’avait pas changé, ces confrères seraient au travail à leur côté. Et puis, 75 prêtres « rebelles », ça commence à faire une certaine proportion dans le monde de la Tradition. Beaucoup de ces « rebelles » ont été patients pendant des années, et ont fait connaitre leurs inquiétudes en toute discrétion, mais force est de constater que la discrétion n’a fait qu’empirer les choses en donnant toujours plus d’arrogance au clan libéral qui a poursuivi, année après année, son opération de purification interne. Non, l’ennemi n’a pas été stoppé par les capitaines.

3. La collaboration du silence n’est jamais récompensée par la Révolution qui exige que vous soyez d’accord avec elle. Ce n’est pas quand ils seront sanglés à la planche coulissante de la guillotine que les « chefs » pourront faire quoi que ce soit. Ils auront perdu ce qui leur restait de liberté de mouvement. L’abbé Ward a commencé a filtrer les appels téléphoniques destinés à Mgr Tissier, en résidence, mystérieusement, au prieuré de Chicago. L’abbé Pfluger condamne les prises de position de Monseigneur, même s’il se tait publiquement; et maintenant que les Dominicains nous rejoignent, que reste-t-il à Monseigneur en France pour s’exprimer publiquement ? On comprend mieux pourquoi Mgr Williamson a bien fait de s’accrocher à ses « Commentaire Eleison ». Tant de bons Supérieurs, et tant de bons professeurs de Séminaire ont été écartés dans les années qui précèdent que je ne puis y voir autre chose qu’une purge idéologique. Certains de ces confrères sont découragés, désemparés. Ils n’ont pas l’énergie de faire grand chose pour la néo-fsspx, ni l’énergie de rejoindre la résistance extérieure : et cela fait les bons comptes de la Révolution.

   Mieux vaut mourir la tête haute, d’autant plus que la Révolution, au lieu de nous faire subir sa mise au silence, subit au contraire l’exposition qu’elle mérite de la part de ceux qui lui résistent en face. S’il est vrai que la Révolution tue ses propres enfants, à combien plus forte raison sera-t-elle sans pitié envers ceux qu’elle ne reconnait pas?

                                                           *****

Alors, il importe de nous regrouper, et comme le dit l’abbé Pfeiffer, la meilleure façon de nous regrouper, c’est de décider individuellement de nous battre. Pour le moment, nous sommes un peu comme des parachutistes dispersés, mais on peut déjà voir une toile mondiale se tisser. Nous sommes bientôt huit en Austrasie.

Le tremblement de terre de janvier en France montre aussi que le regroupement est en train de se faire en dehors de la structure officielle. Comment peut-il en être autrement quand Mgr Fellay menace d’expulsion les membres de la Résistance intérieure, dans son dernier Cor Unum ?

Cependant, les progrès de notre mouvement sont tels que par endroits l’urgence du besoin de prêtres pour les fidèles de la Résistance, n’est pas aussi aiguë qu’il y a six mois… en France tout du moins. Dans la mesure où vous avez décidé d’en finir avec les faux-semblants, et vous faites front commun avec d’autres confrères (comme l’ont fait ceux de janvier 14), et que vous pensez qu’un plus grand nombre de prêtres, de fidèles, voire d’œuvres physiques pourront être sauvées, je ne puis que respecter votre prudence… à condition que vous ayez le ferme propos de déclarer la guerre ouverte à cet indéboulonnable parti libéral en place.

A posteriori, la stratégie de l’abbé Pinaud a porté beaucoup de fruits. Elle a montré à quel point Menzingen se moque du Droit. Je pense que certains confrères peuvent répéter l’exercice, mais il en faut juste quelques-uns, et il faut qu’ils connaissent le terrain, parce que Menzingen n’est pas prêt à refaire un « procès Pinaud ».

Pour les autres, le mieux est de ne pas trop perdre de temps. Les 75 prêtres qui ont été poussés dehors ont notablement modifié les rapports de force à l’intérieur de la Fraternité, en faveur de l’orientation réconciliatrice. On dirait aussi que Menzingen n’a pas fini de faire le vide, et même l’abbé Simoulin nous demande de nous préparer saintement à des séparations supplémentaires.

Je prie la Sainte Vierge pour qu’une séparation parfaite se produise. Nous ne pouvons plus travailler avec ces libéraux. Quand on voit l’indulgence de l’abbé Pfluger, (de Mgr Fellay et d’autres) pour le pape François et pour les Ecclesia Dei, la question se pose : pourquoi n’est-il pas à la Fraternité St Pierre ou au Christ-Roi ? Réponse : C’est parce que même dans ces milieux, on est scandalisé par les propos du Pape sur les gays, au lieu de dire « qui suis-je pour juger le Pape ? »

Mgr Rifan a complètement dévissé ; sa pensée en 2004, surtout sur la notion de Magistère actuel, est à peu de chose près la pensée régnante dans la néo-fsspx. Les cas des abbés Lamerand et de Chambord sont des exemples de plongeons encore plus brutaux. Quand un fidèle de Post Falls demande à l’abbé Vassal quelle est la différence entre la Fraternité St Pierre et St Pie X, il ne sait que répondre…

Les prêtres libéraux qui rejoignent les diocèses (comme les abbés Thuilier, Cecchin, Prouteau…) ne compensent pas suffisamment l’hémorragie du côté droit. Le plus inquiétant est ce qui sort de nos séminaires. Comment se fait-il que l’abbé Berthe n’ait pas été ordonné à Wigratzbad [ ndlr : séminaire de la FSSP], comment a-t-il pu être nommé si vite professeur de séminaire ? J’y vois plus le travail d’un abbé Nelly (sur Ecône), que d’un abbé Pfluger.

Car on ne peut pas non plus peindre tous nos adversaires comme des révolutionnaires forcenés. Non, il y a des libéraux avenants, sympathiques, doués d’un certain sens de l’humour, intelligents, de bonnes manières et d’une certaine piété. (Mgr Fellay est très intelligent).

Même si l’abbé Pfluger a fait tilter le site « Un évêque s’est levé » (Gentiloup ne pouvant digérer une preuve aussi flagrante que la Fraternité officielle plonge), même si nous avons des exemples impressionnants en nombre et en qualité depuis 2012, et que Menzingen a fait très fort ces dernières semaines (croisade bidon, affaire Pivert, courrier Salenave, malversations envers les Dominicains…); ce que je redoute le plus, ce sont ces prêtres doués et intelligents, les girondins, les La Fayette. Ils facilitent l’entrée de la nouvelle pensée à cause de leur influence et de leur côté respectable et acceptable.

Une autre raison qui me pousse à vous inciter à nous rejoindre est que Mgr Williamson à annoncé son intention de sacrer en termes généraux. Rien n’est fait pour le moment, mais je pense que quand l’avenir de la Résistance sera complètement sécurisé, il sera peut-être un peu tard pour prendre la décision de servir purement la Vérité (véritable colonne vertébrale de l’Eglise Catholique).

C’est maintenant que les cœurs se révèlent ; profitons-en, dans la mesure où l’affaire est faite, tant les symptômes de libéralisme montrent que le glissement de la Fraternité n’est plus à démontrer.

Nous avons tous le sentiment d’accomplir notre Sacerdoce en sacrifiant notre confort et notre réputation et nous y avons ressenti une grande joie.

L’ironie, c’est que les ordres mendiants qui nous rejoignent (ou les ordres qui ont le vœu de pauvreté) restent dans leurs châteaux alors que nous démarrons sur la paille. L’exercice rafraîchira la Tradition.

Ce qui est absolument sûr, c’est que les fidèles nous aident beaucoup. Ici, par exemple, nous avons un micro séminaire sur une grande propriété de quatre hectares, et nous arrivons à faire face a toutes les dépenses de transport, les lourds frais médicaux de l’abbé Suelo, la reconstruction d’un village sinistré et plusieurs chantiers à la fois. Mgr Williamson a facilement trouvé toutes les ressources nécessaires à l’achat de sa maison dans le Kent, sans avoir à emprunter à ceux qu’il appelle les « Banksters ».

Dieu est bon, il pourvoit à tout : parmi nous l’abbé Pfeiffer bat tous les records. Ce qui nous préoccupe le plus, c’est notre façon de nous organiser pour ne pas répéter les erreurs du passé et cette centralisation fatale de la Fraternité.

Plus on se lance avec enthousiasme, plus les résultats dépassent nos attentes.

Je ne pense pas que cette lettre un peu trop longue vous persuadera dans cette décision si importante de ne rien faire, de faire semblant ou de tout faire pour sauver le message de Mgr Lefebvre, qui est celui du Christ Roi. Vatican II refuse les droits qui sont dus à Jésus-Christ en tant que Dieu ; c’est une révolte, et ceux qui cherchent à se réconcilier avec une révolte aussi profonde que cette église conciliaire sont des révoltés eux-mêmes. Ce qu’ils diront de nous ne fait aucune différence.

Cher Confrère, je voulais simplement vous accompagner de mes pensées, vœux et surtout prières.

 Tuus,

In Iesu et Maria,

Francois Chazal+

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