Lettres de miliciens… (3/6)

Photo B - miliciens grenoble liteLettres écrites par quelques-uns des 76 prisonniers miliciens qui seront massacrés, en une seule journée au Grand-Bornand, fin août 1944, après un jugement inique et expéditif.

Ils étaient Français. La plupart d’entre eux chrétiens convaincus et paysans issus de la terre savoyarde qu’ils aimaient. Le plus âgé avait combattu à Verdun… le plus jeune venait d’avoir seize ans.

La Sapinière donnera, tous les 8 du mois, les vingt lettres de ces miliciens, pour finir avec celle de Jean Bassompierre… La photo illustrant cet article est celle d’un jeune milicien fusillé à Grenoble.

Ces lettres, outre le mérite d’élever nos âmes, seront un utile devoir de mémoire pour nous aider à discerner l’amour de la haine.

4. Jacques Chambaz, Industriel, 31 ans.

J’accepte mon sort quelqu’il soit.

Nous nous retrouverons dans l’au-delà loin des discordes de ce bas monde, tous réconciliés entre Français et entre hommes.

… J’ai pardonné à tous ceux qui me veulent du mal. Je n’ai plus qu’un désir c’est que la France vive dans la paix et la concorde.

… Je veillerai de là-haut sur vous tous.

… Je meurs en époux, en croyant et en Français.

5. Claude Delangle, Commerçant, 41 ans.

A ma femme et à mes enfants, Je vous dis au revoir.

Quand vous recevrez cette lettre je ne serai plus. Je serai au ciel où je vous retrouverai tous un jour. Je meurs en grand chrétien et en Français. Vous pouvez être sûrs qu’il n’y a rien à me reprocher. Je me suis conduit de la même façon que toute ma vie (on nous a vraiment traités comme des bandits) mais j’ai offert toutes ces souffrances à Dieu pour moi et pour vous.

… Elève les enfants, nos petits, en bons chrétiens…

Bon courage ma chérie et au revoir au ciel.

6. Charles Fillon, cultivateur, 18 ans.

Le 24 août,

Chers Maman, Papa et toute la famille

Avant de vous quitter pour aller retrouver nos chers Claire et Claude là-haut, je viens vous embrasser bien fort ; le moral est excellent. Je vais confesser et communier dans une minute.

C’est pour Dieu, c’est pour la France, on se retrouvera tous au Paradis.

Charles Fillon,
votre cher et tendre enfant qui meurt
avec le même courage que ses frères et soeur.

Au Revoir là-haut.

7. André Fontaine, Cultivateur, 23 ans.

Chers parents,

Au revoir tout le monde.

Je pars pour un monde meilleur.

Priez pour moi, je prierai pour vous.

Votre fils mort en brave

8. Georges Pinget, Cultivateur, 24 ans.

Pardonnez-moi toutes les peines que j’ai pu vous faire. Je vous en demande pardon humblement. Je vais être fusillé aujourd’hui 24 août. Soyez sûrs que je vais mourir comme il faut, je veillerai sur vous du haut du Ciel et je prierai pour vous que j’aime tant.

X… vous dira que je me suis très bien préparé à la mort et que je n’ai pas peur. Je vais mettre dans ma lettre mes médailles que je portais au bras… Je veillerai sur vous tous du haut du Ciel. A Dieu à tous au Ciel.

X… vous expliquera nos derniers instants. Je remercie Dieu qu’il soit près de nous. Nous mourons en martyr. Espérons que notre sang sera le dernier versé. A vous tous, aux copains, à ma famille, à ma Suzon… A Dieu ! Je vous aimerai de là-haut.

(à suivre)

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