Mgr de Ségur, Mgr Lefebvre et l’“una cum”…

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6-janvier-2017-una-cum-gaston_de_segur_1820-1881Nos distingués confrères de la respectable revue Le sel de la terre, dans sa livraison n°90 d’automne 2014, avaient donné un document sous le titre de « Mgr Lefebvre et l’“una cum” ».

La Sapinière est heureuse d’apporter aujourd’hui un “nouveau” document au dossier : celui d’un auteur catholique et contre-révolutionnaire au-dessus de tout soupçon : Mgr de Ségur.

Ce document nous permettra, sinon de résoudre le mystère d’iniquité, du moins de mieux appréhender le vrai sens de cette expression liturgique “una cum”. Et une fois acquis le vrai sens de cette expression, grâce à un jugement d’autorité, nous verrons quelles sont les conséquences pratiques qui peuvent en découler.

Mgr Lefebvre et l’“una cum”

Rappelons tout d’abord le passage de la conférence de Mgr Lefebvre, lors d’une retraite prêchée aux religieuses de Saint-Michel en Brenne, le 1er avril 1989.

Mgr Lefebvre parle de « Dom Guillou » à propos des « prières du Canon romain » et du « fameux una cum ». Mgr Lefebvre qualifie de « ridicule » le jugement que certains catholiques font au sujet du sens de cette expression liturgique “una cum” :

« Ils prétendent que quand on dit “una cum summo Pontifice”, avec le Pape, alors vous épousez donc tout ce que le Pape dit. C’est ridicule ! C’est ridicule. Ce n’est pas du tout d’ailleurs le sens de la prière “Te igitur clementissime Pater”. Voici comment traduit Dom Guillou, une traduction très exacte et qui va très bien justement :

« “Nous Vous prions donc avec une humilité profonde, Père très clément et nous Vous conjurons par Jésus-Christ, votre Fils, Notre Seigneur, d’agréer et de bénir ces dons, ces présents, ces sacrifices, purs et sans tache, que nous Vous offrons premièrement pour [pro] votre sainte Église  catholique. Qu’il Vous plaise de lui donner la paix, de la garder, de la maintenir dans l’unité, et de la gouverner par toute la terre, et avec elle [una cum], votre serviteur notre saint Père le Pape…”

« Il n’est pas dit dans cette prière que nous épousons toutes les idées que le Pape peut avoir ou toutes les choses qu’il peut faire. “Avec elle votre serviteur notre saint Père le Pape, notre Évêque et tous ceux qui ont le culte de la foi orthodoxe catholique et apostolique”. Donc dans la mesure justement où, éventuellement, malheureusement, les Papes n’auraient plus.., ni les évêques.., seraient déficients dans la foi orthodoxe, catholique et apostolique, eh bien, nous ne sommes pas en union avec eux, nous ne sommes pas avec eux ; bien sûr. Nous prions pour le Pape et tous ceux qui ont le culte de la foi orthodoxe catholique et apostolique. »

La rédaction du Sel de la terre prétendait confirmer ce qu’elle croyait être « le vrai sens de cette prière » en ajoutant un texte de saint Thomas (III, q. 83, a. 4). Il est certes louable pour une revue thomiste de citer saint Thomas mais la citation du saint Docteur n’était ici ni utile ni décisive.

En effet, que dit saint Thomas dans cet article très synthétique sur tout le rite de la messe ? Il écrit simplement qu’au canon on offre le sacrifice pour (pro) l’Église universelle et pour (pro) ceux qui sont constitués en dignité. Mais c’est là une évidence que personne n’a jamais contestée : à la messe, on prie pour le pape… Saint Thomas n’a pas précisé, car son but n’était pas de traiter en profondeur de cette question, que l’on prie pour le pape en tant qu’il est uni (una cum) à l’Église, en tant qu’il est “pierre”, c’est-à-dire principe d’unité et de fermeté dans la foi. Saint Thomas n’a donc pas envisagé le cas d’un pape qui ne serait plus uni (non una cum) à l’Église en raison de sa contradiction de la foi telle qu’exprimée par ses prédécesseurs sur le siège de Pierre.

La traduction de Dom Guillou est bien fidèle, mais c’est l’interprétation restrictive de l’expression “una cum” en un simple “pro” qui pose problème.

Un document cité par Mgr de Ségur va nous permettre d’y voir plus clair, car diverses interprétations courent sur le sens à donner à l’“una cum”.

Par exemple, dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, à l’article Messe (t. X, col. 1395), l’auteur, Dom Cabrol, écrit : « en union avec le Pape et les évêques en union avec lui ». Dans le livre Explication de la Messe, le P. Le Brun écrit : « Una Cum Famulo Tuo… avec notre Pape N., votre serviteur » (p. 374, Éd. du Cerf, 1949). Dans chacun des tomes de L’Année Liturgique, Dom Guéranger donne l’ordinaire de la Messe. À chaque fois au Te igitur, il écrit : « …dirigez notre évêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité. » Le Missel quotidien et vespéral de Dom G. Lefebvre de 1950 dit : « Nous vous les offrons pour votre sainte Eglise… en union avec votre serviteur notre pape… » Tandis que le Missel quotidien français de 1965 du Père Feder s.j. donne : « Nous les offrons en même temps pour ton serviteur notre pape… »

Mgr de Ségur et l’“una cum”

Mgr de Ségur traite Des saints mystères dans le Tome X de ses œuvres (1887). Au chapitre “Des cérémonies du Canon de la Messe jusqu’à la Consécration”, on peut lire :

« Ces paroles, “dona, munera, sacrificia”, sont au pluriel et non au singulier ; car, bien que le sacrifice de Jésus-Christ, qui va être renouvelé sur l’autel, soit unique, il se présente néanmoins accompagné des innombrables sacrifices des membres du Sauveur, qui sont tous ses fidèles, et qui forment avec lui une seule personne morale, “Christus totus, le Christ tout entier,” comme dit saint Augustin. Les oblations, changées au Corps et au Sang du Sauveur, ont pour but final de passer, par la communion, dans les fidèles, et de consommer ce mystère d’union, cette unité du sacrifice. Le Prêtre prie nommément pour le Pape, pour l’Evêque du diocèse et pour tous les fidèles (cf. note), qu’il présente à Dieu comme ne faisant qu’un avec lui dans la charité. »

Puis, Mgr de Ségur donne en bas de page la note suivante qui est souverainement importante pour notre sujet :

« En France et en quelques autres pays, on ajoute, par concession expresse du Saint-Siège, le nom du Souverain, après celui de l’Evêque. Mais il faut noter ici une observation importante. Jadis, quand la société était constituée régulièrement et catholiquement, le roi chrétien faisait officiellement partie de l’Église, à titre “d’Évêque du dehors” de bras droit, de défenseur-né et de fils aîné de l’Église dans son royaume ! A cause de cela, ou disait et on devait dire : “Una cum Papa nostro N. et Antistite nostro N. et rege (ou imperatore) nostro N. et omnibus catholicæ et apostolicæ fidei cultoribus.” Maintenant que l’ordre providentiel de la société est bouleversé, le Souverain ne fait plus partie officielle de l’Église qu’à titre de simple baptisé, et non plus à titre de hiérarque, surtout lorsqu’il n’est point sacré. Aussi, dans la concession Apostolique est-il ordonné d’ajouter avant le nom du Souverain une parole qui semble insignifiante à première vue, mais qui exprime parfaitement le changement de situation que nous venons de signaler. On doit dire “et pro rege (ou imperatore) N…” Ce pro suffit pour séparer le nom du Souverain moderne du nom du Pape et de l’Evêque, désormais seuls, hiérarques ou chefs ecclésiastiques. Le pauvre Souverain, déchu de son antique et sublime privilège, n’est plus considéré officiellement par l’Église que comme un simple chrétien, pour lequel il est expédient de prier nominativement, à cause de l’immense influence qu’il peut avoir pour le bien comme pour le mal dans les affaires de l’Église. Il est donc ordonné de dire à cet endroit du Canon : “Una cum Papa nostro N. et Antistite nostro N. et pro imperatore ou rege nostro N., et omnibus, etc.” Cette formule est obligatoire. Elle a été décrétée par la Congrégation des Rites. »

Le vrai sens du “una cum” et ses conséquences…

Pas besoin de donner un grand commentaire ou d’être un grand théologien pour comprendre que l’una cum n’a pas le sens d’un simple pro. Au canon de la messe, on ne prie donc pas seulement pour le pape mais aussi avec lui en tant qu’il est lui-même en union avec l’Église en tant que principe visible d’unité dans la foi orthodoxe.

C’est pourquoi la rubrique du missel pour le cas où un évêque célèbre la messe indique qu’il doit prier pour l’Église « una cum famulo tuo papa nostro et me indigno servo tuo » ce qui veut dire qu’il prie pour l’Eglise avec laquelle il est uni, le pape et lui l’indigne serviteur épiscopal.

On peut donc raisonnablement abandonner l’interprétation de Dom Guillou. Car bien que l’autorité de ce bénédictin en matière liturgique soit réelle, son opinion perd considérablement de sa force quand elle contredit un jugement de la Congrégation des Rites.

Malheureusement, la Congrégation des Rites n’a jamais donné de rubriques pour le cas d’un pape hérétique. Cette absence de décision liturgique en ce domaine nous ramène donc aux différentes opinions théologiques qui ont eu court à ce sujet chez les théologiens catholiques.

Que faire quand le pape nie publiquement la foi de l’Église ? Peut-on dire qu’il ne fait plus officiellement partie de l’Église ?

Au sujet du pape hérétique, il est à remarquer que les théologiens ne sont jamais arrivés à un accord précis et unanime sur ce point.

En général, la plupart des auteurs estimaient même qu’il serait plus probable que le pape ne puisse pas tomber dans l’hérésie. Mais comme tous ne tenaient pas cette opinion comme certaine, plusieurs ont analysé l’hypothèse d’un pape qui deviendrait hérétique et, de ce fait, ont pris position sur la perte éventuelle de son pontificat. Les réponses sur cette question peuvent se réduire aux opinions suivantes : un pape tombant dans l’hérésie, même purement interne, perdrait ipso facto le pontificat ; ou si le pape tombait dans l’hérésie, il ne perdrait pas sa charge ; ou le pape hérétique n’est pas déposé ipso facto, mais doit être déclaré déposé par l’Église, cette dernière opinion étant donné comme « la plus commune » ; ou le pape hérétique est déposé ipso facto au moment où son hérésie devient manifeste, cette dernière opinion étant donné comme « la plus probable ».

Quoiqu’il en soit les faits nous obligent à constater que celui qui est assis sur le siège de Pierre a plus d’une fois contredit la foi catholique de manière hérétique. Pour faire court, rappelons deux simples faits qui manifestent cette déviance hérétique chez François.

1) Dans sa lettre “Amoris Laetitia”, François affirme : « saint Jean-Paul II a dit que les textes bibliques “n’offrent aucune base permettant de soutenir soit l’“infériorité” du mariage, soit la “supériorité” de la virginité ou du célibat » en raison de l’abstinence sexuelle (Catéchèse, 14 avril 1982). » (n° 159)

Or ceci est faux et hérétique. En effet, le concile de Trente, en s’appuyant sur trois textes bibliques (Mt 19,11 ; 1Co 7,25 ; 1Co 7,38-40), affirme : « Si quelqu’un dit que l’état du mariage doit être placé au-dessus de l’état de virginité ou de célibat, et qu’il n’est ni mieux ni plus heureux de rester dans la virginité ou le célibat que de contracter mariage qu’il soit anathème. » (Sess. XXIV, 10e canon sur le sacrement du mariage)

François a donc nié publiquement un dogme de foi, puisque Pie XII rappelait que « cette doctrine qui établit l’excellence et la supériorité de la virginité et du célibat sur le mariage a déjà été énoncée par le divin Rédempteur et l’Apôtre des nations ; de même au Concile de Trente, elle fut solennellement définie comme dogme de foi divine et les Pères et les Docteurs de l’Église ont toujours été unanimes à l’enseigner. » (Sacra virginitas, 25 mars 1954)

2) Le deuxième fait date de l’époque où Bergoglio était cardinal, quelques mois avant son “élection” au souverain pontificat. Il participa, en effet, le 14 décembre 2012 à la fête juive Hanoukkah, fête symbolisant la résistance spirituelle du judaïsme à l’assimilation grecque, et y a allumé, coiffé de la Kippa, les 7 cierges de la menora. Or, selon saint Thomas, « observer sous le régime de la grâce les prescriptions de la loi mosaïque » est « un péché presque égal à l’idolâtrie, parce que tous deux sont des espèces de la superstition, qui est une faute mortelle ». (2a 2ae q. 94 a. 3 ad 5)

Pour ceux qui veulent plus de renseignements sur les abominations de François, nous leur conseillons l’ouvrage de Miles Christi aux Éditions Saint-Rémi : « Trois ans avec François, L’imposture bergoglienne ».

En tout cas, les deux faits rapportés suffisent à montrer que François, juste avant comme après son élévation au pontificat, est au moins suspect d’hérésie et de superstition judaïque. Il est donc bien loin de faire parti de « ceux qui ont le culte de la foi orthodoxe catholique et apostolique » pour parler comme le canon de la messe.

Puisque François tombe sous l’anathème publique de l’Église (à travers le concile de Trente), pourquoi le considérer officiellement comme uni avec Elle ?

Remarquons encore que, même induit en erreur sur la vraie interprétation de l’“una cum”, ce qui a entraîné une certaine inconséquence pratique chez lui, Mgr Lefebvre avait tout de même donné, comme poussé par le bon sens et plus encore par son sens théologique et son sens de la foi, le principe qui permettait un bon agir pratique : celui d’exclure le nom de ceux qui, quoique évêque ou pape, ne sont plus unis à l’Église pour avoir contredit la foi orthodoxe. Mgr Lefebvre n’a certes jamais mis ce principe en pratique pendant les prières du canon de la messe, mais il l’a pourtant bien établi.

Mgr Lefebvre, en effet, a lui-même admis comme principe que : « dans la mesure où les Papes seraient déficients dans la foi orthodoxe, catholique et apostolique, nous ne sommes pas en union avec eux. » 

Pourquoi cela ?

Parce que ces gens-là, « déficients dans la foi orthodoxe et catholique », ne sont plus unis, “una cum”, à l’Église.

N’y aurait-il point une certaine incohérence avec la réalité, à mettre le nom de François à côté du nom de tous les évêques “qui ont le culte de la foi orthodoxe catholique et apostolique” ? N’est-il pas préférable de taire ce nom au canon de la messe ? Ne faut-il pas taire les noms des hérétiques puisqu’ils ne sont pas “una cum ecclesia” ?

L’abbé Roy, alors prêtre de la FSSPX, dans un sermon courageux, concluait avec bon sens, que le combat de la foi réclame que nous déclarions François pour ce qu’il est : un ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ : 

« La question que nous devons nous poser c’est : “est-ce que ces gens sont catholiques ? Est-ce qu’ils enseignent l’Evangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou est-ce qu’ils enseignent un autre évangile ?” Je crois que si nous nous établissions sur cette vérité, il n’y aurait pas toutes ces divisions que nous trouvons au milieu de nous… Je vous demande de prier qu’on sorte de cette illusion, qu’on revienne à la vérité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’on anathématise ces gens, qu’on montre ces gens qui prêchent un autre évangile que celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme étant des ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ…. Que Notre-Seigneur Jésus-Christ ne nous donne pas d’accepter ce mensonge, de nous établir dans la communion des hérétiques, la communion de ceux qui ont abandonné la foi de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

La Rédaction du site Lasapinière.info

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