Lettre aux membres de l’Association Saints Mayeul et Martin : « Je suis loin d’être le seul galet épiscopal sur la plage… »

Suite à la parution de l’article : Les raisons invoquées par Mgr Faure pour annuler le pèlerinage du Puy sont-elles véridiques ?”, le Président de l’Association Saints Mayeul et Martin (ASMM) a écrit au directeur de La Sapinière plusieurs courriels demandant le retrait de cet article.

Voici la réponse du directeur de La Sapinière aux membres de l’Association Saints Mayeul et Martin.

Chers membres,

Le 21 mai 2018, le Président de votre Association m’envoyait un message me demandant « de retirer dans les meilleurs délais » l’article ayant pour titre : “Les raisons invoquées par Mgr Faure pour annuler le pèlerinage du Puy sont-elles véridiques ?Il y réprouvait l’usage de « mails », de « courriers et de confidences. » Puis il nous disait devoir prendre l’avis du Conseil de l’ASMM pour « juger de la pertinence » de cette « initiative » : « le Conseil de l’association discutera de la question en profondeur la semaine prochaine et nous vous ferons part plus en détail de nos objections, notamment les inexactitudes et omissions qui faussent la véracité de votre récit, et de nos conclusions… »

Nous avions répondu à votre Président : « Puisque, selon vous, le texte engage aussi d’une certaine manière l’Association Saints Mayeul et Martin, je suis prêt à étudier votre demande de retirer cette publication. Mais vous comprendrez aisément qu’un simple avis personnel et l’absence d’éléments factuels et documentés ne me permettent pas dans l’immédiat de vous donner satisfaction. J’attends donc les décisions que l’ASMM prendra lors de sa prochaine réunion, ainsi que le détail des objections que l’ASMM fera, notamment ces prétendues inexactitudes et omissions qui pourraient aller jusqu’à fausser la véracité du récit… »

Les semaines se sont écoulées et malgré notre demande réitérée de connaître les conclusions « de l’ASMM au sujet de l’article en litige », nous n’avons reçu aucune nouvelle de votre Association. Le Président n’a pas jugé utile de faire ce qu’il avait annoncé. Il a donc omis de nous faire part des « décisions que l’ASMM prendra lors de sa prochaine réunion, ainsi que le détail de ses objections ».

Ce silence indique que l’on n’a pas été en mesure, comme l’avait affirmé un peu rapidement et gratuitement votre Président, de manifester une omission ou une imprécision qui aurait pu trahir la vérité des faits ou fausser la justesse des conclusions de l’article. Comme La Sapinière a le souci de servir la vérité, elle s’en réjouit.

L’article de La Sapinière n’offense donc pas la vérité, mais était-il opportun ? Cette question résume, à elle seule, les principales objections qu’avait manifestées votre Président. Celui-ci écrivait en effet : « Quand la sapinière a diffusé les confidences de l’abbé Faure sur le chapitre général, et ce malgré son serment du secret » cela était « favorable au bien commun » car il y avait « danger pour la foi » en raison du « ralliement à l’église conciliaire de la FSSPX. » Tandis que la diffusion de cet article « nuit au bien commun. Bien sûr je peux me tromper, c’est pourquoi je vous ai demandé de la retirer le temps que les membres de notre association se consultent… »

Nous pensons en effet que votre Président s’est trompé et nous profitons de cette occasion pour dissiper certaines incompréhensions afin de mieux saisir le bien-fondé de la diffusion de l’article.

Nous avions demandé à votre Président, sans malheureusement obtenir de réponse de sa part : « L’esprit sectaire n’est-il pas selon vous un danger pour le bien commun ? Est-il compatible avec la foi ? Le refus de donner le sacrement de confirmation est-il compatible avec la loi de l’Église et le salut des âmes ? » C’est en répondant à ces questions que l’on pourra vraiment juger de la pertinence de l’article et de son utilité pour le bien commun.

Un esprit sectaire…

Il existe une certaine Résistance qui prétend habituellement qu’en dehors de ce qu’elle estime être « la position de Mgr Lefebvre », il n’y a point de salut ; ou, ce qui revient au même, si on s’écarte du jugement de Mgr Lefebvre sur un point, on n’existe plus car on cesserait d’être vraiment catholique… Cet argument, fragile et usé, peut-il encore raisonnablement impressionner ? En ce qui concerne sa fragilité, nous vous renvoyons aux pages 47 à 109 du livre L’Église et l’Apostasie écrit par M. l’abbé Rioult. Pour ce qui est de son usure, souvenons-nous que Mgr Fellay justifie, non sans fondement, sa funeste politique vaticane en expliquant suivre la position prudentielle de Mgr Lefebvre…

Mais Mgr Lefebvre n’était pas « non una cum » ! Peut-être, et alors ? Selon les souvenirs de M. l’abbé Pivert livrés aux confrères en réunion USML : « Mgr Lefebvre n’avait pas de problème pour coopérer avec certains prêtres sédévacantistes », comme les abbés Coache, Gaillard, Vinson, Moureaux… Mais surtout, au nom de quel principe n’aurait-on pas le droit de critiquer une position de Mgr Lefebvre lorsqu’on a des arguments magistériels pour le faire ? N’oublions pas que l’Église a donné tort à saint Thomas d’Aquin sur un point de doctrine et raison à Dun Scot, théologien que l’Église n’a pas canonisé. N’oublions pas que saint Bernard, le grand Docteur Marial, était un adversaire de l’Immaculée Conception puisqu’il écrivit aux chanoines de Lyon pour leur reprocher d’avoir adopté la fête de la Conception de Marie. Tout cela devrait nous inviter à la plus profonde humilité et à la plus grande circonspection tant que l’Église n’aura pas tranché d’autorité la controverse qui frappe notre époque apocalyptique au sujet du pape hérétique.

C’est trop souvent la passion qui pousse à formuler ces affirmations péremptoires et injonctives du style : « suivez le jugement prudentiel de Mgr Lefebvre, sinon… » Cet argument résonne trop souvent comme une porte de prison qui enferme les intelligences dans une logique sectaire. Libre à Mgr Faure et à Mgr Williamson de tenir certaines positions critiquables de Mgr Lefebvre par attachement sentimental, mais pas au point de favoriser des dissensions chez les fidèles.

Or, dans le cas qui nous occupe, il est assez facile de reconnaître l’origine du comportement sectaire. Qui a refusé la présence de l’autre au pèlerinage que vous aviez organisé en 2017 ? Il fut un temps, par exemple, où M. l’abbé Salenave, au lieu de nous fuir, acceptait de nous remplacer. Aujourd’hui, suivant le mauvais exemple des évêques, il nous rejette.

Je sais que votre Association n’est pas sectaire. Un de ses membres est un prêtre non una cum et plusieurs de ses membres vont de préférence aux messes “non una cum” dites par des prêtres de la FSSPX. Certains membres sont mêmes sédévacantistes. Puisse votre Association rester ce qu’elle est et ne pas favoriser le mauvais esprit.

Une grave incompétence…

Il existe dans une certaine Résistance une propagande sinon mensongère du moins erronée qui trompe concrètement les fidèles en les maintenant dans l’illusion. En effet, il ne suffit pas de comprendre que Mgr Fellay est un traître et de dire que Mgr Lefebvre est un saint pour devenir l’Athanase du XXIe siècle.

Certains sites font croire que Mgr Williamson, Mgr Faure et les autres seraient les seuls et authentiques sauveurs de la Tradition et que tous les vrais catholiques éparpillés doivent se réunir sous leur bannière pour se livrer à la Reconquista… La réalité est plus mitigée. Il est de notoriété publique chez tous ceux qui ont collaboré avec lui que Mgr Faure est radicalement incapable d’assumer la charge qu’il a accepté et les œuvres qu’il a fondées. Ses anciens supérieurs et confrères dans la FSSPX comme plusieurs de ceux qui ont quitté la FSSPX portent le même jugement. Cette affirmation est pénible mais elle correspond à la réalité et elle concerne le bien commun. Quelques détails sont nécessaires afin que vous vous rendiez compte que cette affirmation n’est ni gratuite ni malveillante. L’abbé Salenave lui-même nous confiait qu’au séminaire « Mgr Faure ne fait rien… » et notre abbé préconisait, à l’époque, la nécessité de renvoyer Mgr Faure, discrètement, en Amérique du Sud pour qu’il y fasse un simple ministère. L’abbé Pivert lui-même nous confia en réunion USML, au sujet de Mgr Faure et de son bras droit, l’abbé Trincado : « C’est évident, on ne peut pas collaborer avec ces confrères… » Mgr Williamson lui-même confia à un confrère que la SAJM fondée par Mgr Faure : « c’est du vent… » Enfin, votre propre Président considérait que Mgr Faure était paranoïaque et que son cas relevait de la médecine… Et nous pourrions allonger la liste des témoignages dont plusieurs concluent que l’abbé Faure ne peut guère plus que de dire pieusement la Messe. Ce qui est déjà beaucoup au demeurant.

De graves incohérences…

« Tout cela est vrai mais il faut le taire » diront certains. Pourquoi ? Depuis quand laisse-t-on des gens monter un escalier sans leur indiquer que certaines planches sont pourries ? Ne convient-il pas au contraire de les prévenir du danger ? Si la SAJM de Mgr Faure n’est que « du vent… », comme le pense Mgr Williamson, pourquoi ce dernier laisse-t-il les séminaristes dans cette illusion ? Certains ont bien constaté des désordres mais ils semblent plus préoccupés à donner une fausse image de leur Résistance sur Internet qu’au sort de ces jeunes attirés par le mirage.

Cette attitude ambiguë, voire contradictoire de Mgr Williamson au sujet de la SAJM (puisque d’un côté il se réjouit de cette initiative et de l’autre il la déclare chimérique) n’est malheureusement pas limitée à ce sujet. D’un côté il consacre de nombreuses interventions pour mettre en garde contre les sédévacantistes, mais d’un autre côté Mgr Williamson confie à l’un d’entre nous que les neuf prêtres sédévacantistes qui avait quitté la FSSPX en 1983 faisaient du bon travail aux USA…

Ces trop nombreux discours incohérents ont troublé et dérouté plus d’un prêtre et plus d’un fidèle. Faites vous-mêmes le décompte des prêtres qui se sont opposés à la trahison de Mgr Fellay et voyez ensuite combien parmi eux ont cessé de collaborer avec Mgr Williamson : le Carmel et tous les prêtres allemands, tel abbé suisse, tel abbé anglais, tel abbé flamand, tels abbés d’Amérique du Nord, tels abbés d’Amérique du Sud… Et la liste n’est pas exhaustive. A cela s’ajoute ceux qui collaborent avec Mgr Williamson par pure utilité et avec méfiance. Et ici, nous préférons taire toute allusion, tant certains noms vous surprendraient. Au final, il n’est pas certain que l’on puisse citer dix noms de prêtres derrière Mgr Williamson…

Est-ce notre faute ? Est-ce le fait de la publication d’un article sur La Sapinière ? Évidement non. Quand nous demandions à Mgr Williamson des éclaircissements sur certaines incohérences et injustices en cours, comme nous avons eu l’occasion de le faire récemment, ce dernier éclata, malheureusement, en colère, frappa violement sur la table de la cuisine puis se mura dans le silence rompu de temps en temps par ce simple argument, qu’étant évêque, il n’avait pas l’obligation de répondre aux questions qu’on lui posait. Pas d’obligation légale certes, mais morale ? On retrouve ce même symptôme chez Mgr Faure. Et tout cela est fort dommage…

Une guerre insensée !

Les faits nous obligent à constater que, par des agissements troubles, Mgr Faure et Mgr Williamson sont à l’origine d’un certain bloc de prêtres qui non contents d’être « una cum Francisco » se montrent aussi sectaires et belliqueux envers ceux qui ne partagent pas leur point de vue. Et c’est cela qui nuit au bien commun, bien plus que leur opinion erronée. Le mal vient donc de ces agissements souterrains et non pas de leurs divulgations au grand jour. Certains prêtres ont été victimes d’un comportement injuste et hypocrite. Face à une telle réalité, la meilleure solution est d’exposer les faits dans leur totalité et leur simplicité. Cette guerre introduite par un petit bloc de prêtres “una cum” nous ne l’avons jamais ni voulue ni entretenue mais elle nous a été imposée d’une manière insensée. En tout cas, le meilleur moyen de favoriser la modération et d’inviter à la raison était de mettre au jour ce qui se tramait dans les ténèbres.

Quand on demande par exemple à Mgr Williamson, pourquoi, à deux reprises en 2015 et 2017, au baiser de paix liturgique, acte public par excellence, il a pris la liberté de dire à M. l’abbé Pinaud « Bellum tecum » au lieu du « Pax tecum », on n’obtient point de réponse… Quand M. l’abbé Cardozo reprochait à Mgr Williamson, peut-être vivement mais justement, sa propension épiscopale à voir facilement des miracles eucharistiques dans la messe de Luther au sujet de laquelle il disait : « Il y a des cas dans lesquels on peut assister à la messe moderne avec l’effet de fortifier sa propre foi au lieu de la perdre », M. l’abbé Cardozo reçut comme réponse de Mgr Williamson : « M. l’abbé, patience, le chaos ne fait que commencer… » Quand M. l’abbé Roy, depuis plus de deux ans, demande à Mgr Williamson et aux évêques consacrés par lui de venir donner le sacrement de confirmation à des fidèles, Mgr Williamson refuse et les autres se contentent d’un silence complice. Mais refuser sans raison de conférer un sacrement à des fidèles qui en ont besoin et qui le demandent légitimement n’est-ce pas là rompre injustement la communion qui doit unir les membres de l’Église et à laquelle on ne peut manquer sans une faute très sérieuse ? N’est-ce pas le révélateur d’une certaine attitude sectaire ?

Nous-même, pour favoriser la paix, nous avons plusieurs fois proposé des rencontres où chacun aurait pu dire ce qu’il avait sur le cœur afin de construire une union sur des rapports sains. Mais nous l’avons fait en vain : toutes ces propositions ont été méprisées. Or, pour éviter cette triste situation, il aurait suffi à Mgr Williamson d’être fidèle à sa parole. Sa décision de laisser la liberté aux prêtres “non una cum”, décision prise à Avrillé en juillet 2014 et acceptée par tous les prêtres présents, n’a pas été respectée.

Mais tout cela ne va-t-il pas décourager les confrères hésitants de la FSSPX ?

Non. Le jour où ces prêtres arrêteront de se faire illusion sur les infidélités de la FSSPX, le jour où ils arrêteront de piétiner leur conscience pour éviter de faire leur pénible devoir, ce jour-là, ils auront le courage de fonder des bastions, là où ils sont, comme l’ont fait bien avant eux d’autres prêtres. En 1970, ces prêtres réfractaires n’ont pas eu besoin de tel évêque ni de telle structure pour accomplir leur devoir. Comme le rappelait un célèbre Professeur : « le premier devoir de l’homme est d’être un homme ». Pour être fidèle à Dieu, il ne faut pas attendre que les autres le soient. Dieu ne nous demande pas de sauver le monde mais de sauver notre âme. Ce qui est possible même quand tout s’écroule. D’où l’avertissement du psalmiste : « Que mille tombent à ton côté, et dix mille à ta droite, tu ne seras pas atteint. »

Et à ce sujet, on revient toujours à l’avertissement du Père Calmel : « Le moyen pour permettre au combat chrétien d’atteindre toute son ampleur en échappant aux conflits intérieurs et aux rivalités extérieures, c’est de le mener par petites unités, qui se connaissent dans la mesure où elles le peuvent, qui se portent secours à l’occasion, mais qui refusent d’entrer dans je ne sais quelles organisations systématiques et universelles. Dans ces diverses unités, telles qu’une modeste école, un humble couvent, une confrérie de piété, un petit groupement entre familles chrétiennes, une organisation de pèlerinage, l’autorité est réelle et indiscutée ; le problème du chef ne se pose pratiquement pas ; l’œuvre à faire est précise. Il s’agit seulement d’aller jusqu’au bout de sa grâce et de son autorité dans la petite sphère dont on a certainement la charge, en se tenant relié, sans grandes machines administratives, à ceux qui font pareil.” (Itinéraires, “Autorité et sainteté dans l’Église”, N° 149 – janvier 1971)

Enfin, si la situation est déplorable, elle n’est point désespérée puisque comme l’écrivait Mgr Williamson lui-même à M. l’abbé Roy : « Pour la confirmation de vos paroissiens, je suis loin d’être le seul galet épiscopal sur la plage. Vous avez au moins deux anciens prêtres de la FSSPX, maintenant évêques depuis de nombreuses années, plus près de votre non una cum et à portée de main aux USA, qui pourraient desservir vos paroissiens, Mgr Daniel Dolan en Ohio, et Mgr Donald Sanborn en Floride. Que Dieu soit avec vous. + Richard Williamson. »

Puissions-nous avoir le courage de nous montrer tels que nous sommes et ne pas vivre avec un masque, et ce sera déjà un avant goût du bonheur que Dieu nous a promis.

 

Le directeur de La Sapinière

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