1) De l’amour de la vérité et de la haine de l’erreur

Sermon Jésus

« Je suis le chemin, la vérité et la vie; nul ne vient au Père que par moi » disait Notre Seigneur. « Craignez Yahweh et servez-le avec intégrité et vérité; ôtez les dieux qu’ont servis vos pères de l’autre côté du fleuve en Egypte, et servez Yahweh » (Josué 24, 14). « Craignez seulement Yahweh, et servez-le en vérité de tout votre cœur » (I Sam 12, 24) Dieu est un « Dieu de vérité » (Ps 31, 6-7). Le diable, lui, « n’est point demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a point de vérité en lui » (Jn 8, 44).

On pourrait multiplier les citations, mais celles-ci suffisent pour nous faire comprendre une réalité importante de notre vie chrétienne : L’amour de Dieu exige la haine de l’erreur.

« Que votre parole soit : Oui, oui; non, non. Le reste vient du Malin » (Mt 5, 37)

ce que saint Thomas commente :

« Est est, Non non : quand nous voyons une chose être, il faut la dire telle ; mais quand une chose n’est pas il faut affirmer qu’elle n’est pas ».

Les libéraux veulent bien de la première partie, mais ils ne veulent pas de la seconde. Ils disent : « Il faut voir le positif. Il ne faut pas toujours condamner ! » Cet esprit est devenu la pensée officielle de l’Église conciliaire depuis le fameux discours de Jean XXIII, pour l’ouverture du concile Vatican II :

« Aujourd’hui, l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. »

Cette volonté de ne plus condamner n’est pas conforme à la pensée catholique. Ceci apparaîtra en pleine lumière après avoir pris connaissance de l’enseignement :

1) de la sainte Écriture et de la théologie, 2) des saints 3) de divers auteurs catholiques.

Nous pourrons alors :

4) conclure 5) puis, grâce aux enseignements de Mgr Lefebvre, 6) tirer les conséquences pour notre temps.

Pour les trois premières parties, les citations sont principalement tirées d’une conférence tenue par le Père Pierre Marie O.P., au congrès théologique de SISI NONO à Albano en 1994. Le thème était : Principes catholiques pour rester fidèles à l’Église en ces temps extraordinaires de crise. Cette conférence n’a rien perdu de son actualité.

1) Amour de la vérité et haine de l’erreur dans la sainte Écriture et de la théologie

Parce que Dieu aime le bien qu’il est lui-même, il a en haine le mal qui s’oppose à lui-même, et d’abord le mal du péché et de l’erreur. « Tu aimes la justice et tu hais l’iniquité » Ps 44, 8. « Tu hais tous les artisans d’iniquité. Tu fais périr les menteurs » Ps 5, 7.

Le fidèle doit imiter Dieu et haïr à son tour le mal et l’erreur.

« Vous qui aimez Yahweh, haïssez le mal » Ps 96, 10. « Ne dois-je pas, Yahweh, haïr ceux qui te haïssent, avoir en horreur ceux qui s’élèvent contre toi ? » Ps 138, 21. « Je hais l’assemblée de ceux qui font le mal, je ne siège pas avec les méchants » Ps 25, 5.

L’Ecriture anathématise souvent les ennemis de Dieu qui outrageaient ouvertement le Seigneur, ses commandements, ses institutions et contre lesquels il est impossible de ne pas s’indigner, pour peu qu’on fût attaché à Dieu et à ses intérêts. « Tu hais tous les artisans d’iniquité » dit le psalmiste. Saint Thomas explique comment il faut comprendre cette haine de Dieu pour les pécheurs :

« Par leur nature, qu’ils tiennent de Dieu, ils sont capables de la béatitude […] c’est pourquoi, selon leur nature, il faut les aimer de charité. Mais leur faute est contraire à Dieu, et elle est un obstacle à la béatitude. Aussi, selon leur faute qui les oppose à Dieu, ils méritent d’être haïs, quels qu’ils soient, fussent-ils père, mère ou proches, comme on le voit en saint Luc (14, 26). Car nous devons haïr les pécheurs en tant qu’ils sont tels, et les aimer en tant qu’ils sont des hommes capables de la béatitude. C’est là véritablement les aimer de charité, à cause de Dieu » (II-II q. 25 a. 6, corpus) ; « Le fait de haïr dans notre frère le péché et le défaut de bien, cela relève de l’amour du prochain : c’est pour la même raison que nous lui voulons du bien et que nous haïssons son mal » (II-II q. 34, a. 3).

Jésus chassant

Jésus chassant les marchands du Temple

Cet amour du pécheur et cette haine du péché incluent le devoir de combattre le mal et l’erreur, et donc parfois la personne qui les répand. C’est pourquoi saint Thomas dit que nous devons haïr le pécheur en tant que pécheur.

« Selon la nature et les affinités que nous avons avec nos parents, nous sommes tenus de les honorer. C’est le commandement de Dieu, comme le montre le livre de l’Exode (20, 12). Mais nous devons les haïr selon qu’ils sont pour nous un obstacle dans notre montée vers la perfection de la justice divine » (II-II 34, a. 3 ad 1).

Aimer une chose et haïr son contraire relèvent d’un même principe et d’une même raison. L’amour d’une chose cause la haine de son contraire et toute haine est causée par l’amour (Ia IIae q. 29, a. 2). L’Ecriture appelle cette haine fruit du vrai amour : une haine parfaite : « Je les haïssais d’une haine parfaite. » (Ps 139, 22).

Cette haine parfaite nous poussera à la correction du pécheur, nous dit saint Thomas. Ce qui relève tantôt de la charité et tantôt de la justice : Si on le corrige en tant que le péché est le mal du pécheur, c’est un acte de la charité fraternelle. Mais si on le corrige parce que le péché nuit à autrui ou au bien commun, c’est un acte de justice. (II-II q. 33, a. 1)

Si nous n’avons pas tous autorité pour exercer une coercition sur le pécheur et ainsi faire acte de justice, nous pouvons tous exercer la correction fraternelle et ainsi faire acte de miséricorde. Selon les circonstances, cette charité peut être un devoir, surtout pour les péchés les plus graves et pour la défense de la foi et même quand le prochain nous est supérieur. L’exemple de saint Paul résistant publiquement à Pierre est là pour l’illustrer (Gal. 2, 11). Cette vitalité de la foi est nécessaire pour toute vie intérieure et surnaturelle digne de ce nom.

« L’habitus de la foi nous est utile pour deux choses : pour croire ce qu’il faut croire et pour repousser ce qu’il ne faut pas croire. L’homme peut faire la première chose par sa seule estimation, sans l’aide de l’habitus infus ; mais pas la seconde, à savoir être incliné à telle vérité plutôt qu’à telle autre : cela ne peut venir que de l’habitus infus. C’est ce discernement qui fait que nous ne croyons pas à tout esprit ; et ce discernement n’étant pas dans l’hérétique, cela manifeste qu’il n’a plus l’habitus de foi. S’il croit à certaine vérité à croire, cela vient de la raison humaine : s’il était incliné à cela par l’habitus de foi, il repousserait ce qui est contraire à la foi, de même que tout habitus repousse ce qui est contraire à cet habitus » (3 St, d. 23, q. 3, a. 3).

Si on reconnaît donc principalement un hérétique au fait qu’il ne repousse pas l’erreur, on reconnaîtra le vrai catholique au fait qu’il combat cette erreur avec énergie. Point d’amour parfait sans une haine parfaite, c’est-à-dire sans la volonté de se séparer du mal, de le combattre et, si on a autorité, de le punir !

Notre Seigneur donne lui-même cet exemple dans sa prière sacerdotale la veille de sa mort. Il parle d’abord de l’Amour du Père : « Je vous ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que vous m’avez donnée à faire ». Puis de l’amour de ceux que le Père aime : « J’ai manifesté votre nom aux hommes que vous m’avez donnés du milieu du monde. Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés : et ils ont gardé votre parole. » Ensuite, il parle de sa haine pour ceux qui n’ont pas cru que le Père l’avait envoyé : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m’avez donnés; parce qu’ils sont à vous. » Et cette haine est logiquement réciproque : « Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. Je ne vous demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du mal. Sanctifiez-les dans la vérité. […] je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés en vérité. » (Jean, chapitre 17)

 

(à suivre) Abbé Olivier Rioult

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